Hannibal
Les Romains, dirigés par Scipion l’Africain, obtiennent un important succès diplomatique en 206 en s’attachant les services du prince numide Massinissa, ancien allié de Carthage en Hispanie entré en conflit personnel avec Syphax, un allié numide de Carthage. En 204, ils débarquent en Afrique du Nord pour forcer Hannibal à quitter l’Italie et mener le combat sur ses terres.
En 203, après près de 15 ans de combats en Italie, alors que Scipion progresse et que les Carthaginois favorables à la paix menés par Hannon le Grand tentent de négocier un armistice au lieu de renforcer les troupes d’Hannibal, ce dernier est rappelé par le camp favorable à la poursuite de la guerre mené par les Barcides tout comme son frère Magon qui meurt au cours de la traversée du retour. Après avoir laissé une trace de son expédition gravée en punique et en grec ancien sur des tablettes du temple de Junon à Crotone, il appareille pour son retour. Les navires débarquent à Leptis Minor (actuelle Lamta) et Hannibal prend, après deux jours de voyage, ses quartiers d’hiver près de Hadrumète. Son retour renforce immédiatement le camp favorable à la guerre qui le place à la tête d’une force regroupant ses mercenaires d’Italie et des conscrits locaux. En 202, Hannibal rencontre Scipion au cours d’une tentative de conciliation. Malgré leur admiration mutuelle, les négociations échouent en raison des références romaines à la rupture du traité liant la cité ibérique de Sagonte à Rome et le pillage d’une flotte romaine échouée sur la côte du golfe de Tunis. Un plan de paix est néanmoins en préparation qui stipule que Carthage ne conserverait que ses territoires en Afrique du Nord, que le royaume de Massinissa serait indépendant, que Carthage réduirait la taille de sa flotte et qu’elle paierait une indemnité de guerre. Mais, renforcés par le retour d’Hannibal et le ravitaillement pris à la flotte romaine, les Carthaginois rejettent les clauses du plan.
La rencontre décisive a lieu à Zama le 19 octobre 202. Contrairement à la majorité des batailles de la Deuxième Guerre punique, les Romains disposent d’une meilleure cavalerie que les Carthaginois qui eux se rattrapent avec une infanterie supérieure. La supériorité romaine est due au ralliement de la cavalerie numide de Massinissa. Hannibal, souffrant d’une santé fragilisée par ses années de campagne en Italie, possède encore l’avantage du nombre avec 80 éléphants de guerre et 15 000 vétérans des guerres d’Italie, même si le reste de son armée est composée de mercenaires celtes dont la motivation est relative ou de citoyens carthaginois peu aguerris. La stratégie utilisée par Hannibal est la même que celle utilisée à Cannes. Mais la tactique romaine ayant évolué depuis 14 ans, la tentative d’encerclement échoue et les Carthaginois sont finalement défaits.
Hannibal perd près de 40 000 hommes — contre 1 500 pour les Romains — et le respect de son peuple à l’occasion de la dernière bataille majeure de la guerre. La cité punique est contrainte de signer la paix avec Rome et Scipion, dès lors surnommé Scipion l’Africain, de renoncer à sa flotte de guerre et à son armée. Elle est aussi soumise à un lourd tribut de guerre payable en cinquante annuités.
Après Zama
Obligé de signer le traité de paix avec Rome en 201 qui prive Carthage de son ancien empire, Hannibal alors âgé de 46 ans décide de prendre part à la vie politique carthaginoise en dirigeant le parti démocrate.
La cité est en effet divisée en deux grandes tendances. D’abord, le groupe démocrate, qui est principalement dirigé par les Barcides, est très attaché à un ancrage foncier en Afrique, et donc à des conquêtes de terres aux dépens des Numides. Le deuxième mouvement est une oligarchie conservatrice regroupée autour de Hannon le Grand dont la prospérité repose sur le commerce, les taxes portuaires et les tributs imposés aux cités soumises. Élu suffète en 196, Hannibal restaure l’autorité et le pouvoir de cette fonction devenue insignifiante et représente alors une menace pour les oligarques qui l’accusent d’avoir trahi son pays en ne prenant pas Rome lorsqu’il en avait l’occasion.
C’est alors qu’il prend une mesure qui lui aliène définitivement l’oligarchie. Hannibal décide en effet que l’indemnité de guerre annuelle que Carthage doit à Rome soit directement versée au trésor plutôt que d’être collectée par les oligarques au travers de taxes extraordinaires. Ceux-ci ne prennent pas le risque d’intervenir directement contre le suffète mais, près de sept ans après la victoire de Zama, font directement appel aux Romains qui, alarmés par la prospérité retrouvée de Carthage, exigent la reddition d’Hannibal. Ce dernier choisit alors volontairement l’exil en 195
Il commence par voyager vers Tyr (actuel Liban), la ville mère de Carthage, puis se dirige vers Éphèse où il est reçu avec les honneurs par le roi Antiochos III de Syrie qui se prépare à la guerre contre Rome. Hannibal s’aperçoit rapidement que l’armée royale ne peut rivaliser avec l’armée romaine. Il conseille alors au roi d’équiper une flotte et un corps de troupes terrestres dans le sud de l’Italie et offre d’en prendre le commandement. Mais il ne peut faire suffisamment impression sur le souverain, à l’écoute de ses courtisans, pour qu’il lui confie quelque poste important que ce soit.
Selon Cicéron, alors qu’il se trouve à la cour d’Antiochos III, Hannibal assiste à une lecture du philosophe Phormion qui traite d’un grand nombre de sujets. Au moment où celui-ci conclut une dissertation sur les attributions d’un général, on demande son avis à Hannibal qui répond : « J’ai vu durant ma vie les pires des vieux fous mais celui-là les bat tous ». Une autre histoire à propos d’Hannibal en exil donne un point de vue étrange sur sa prétendue perfidie punique : Antiochos III dévoile à Hannibal une formation militaire conséquente et bien armée, il lui demande si elle paraîtrait honorable pour la République romaine, ce à quoi Hannibal répond : « Oui, suffisant pour les Romains, aussi cupides qu’ils puissent être ». À cette occasion, Hannibal ne reçoit pas le commandement de l’armée et Antiochos III, qui a lui-même conçu le plan de bataille, finit par être défait.
En 190, Hannibal dirige une flotte phénicienne mais, peu à l’aise en combat naval, il se trouve battu au large de la rivière Eurymedon par les Romains. Craignant d’être livré à ces derniers au terme de l’accord de paix que signe Antiochos III, Hannibal s’enfuit de la cour et son parcours est alors assez incertain.
On pense toutefois qu’il se rend en Crète alors que Plutarque et Strabon laissent entendre qu’il se dirige en Arménie, auprès du roi Artaxias Ier, qui lui attribue la planification et la supervision de la construction de la capitale Artaxata (actuelle Artashat). Bientôt de retour en Asie Mineure, Hannibal cherche refuge chez Prusias Ier de Bithynie qui est en guerre avec un allié de Rome, le roi Eumène II de Pergame.
Hannibal se met alors au service de Prusias Ier pendant cette guerre. L’une de ses victoires se fait aux dépens de Eumène II sur mer. On dit que ce serait l’un des premiers exemples de guerre biologique : il aurait jeté des chaudrons remplis de serpents dans les vaisseaux ennemis.
Outre ses talents militaires, il fonde probablement la cité de Prusa (actuelle Bursa en Turquie) à la demande du roi Prusias Ier. Cette fondation, surtout si l’on y ajoute celle d’Artaxata (actuelle Artashat en Arménie), élève Hannibal au rang de « souverain » hellénistique. Une prophétie qui se répand dans le monde grec entre 185 et 180 évoque un roi venu d’Asie pour faire payer aux Romains la soumission qu’ils imposent aux Grecs et aux Macédoniens. Beaucoup s’accordent à penser que ce texte fait référence en fait à Hannibal. C’est en ce sens que le Carthaginois, pourtant d’origine barbare aux yeux des Grecs, s’intègre parfaitement au monde hellénistique. Les Romains ne peuvent négliger cette menace et une ambassade est envoyée auprès de Prusias.
Pour ce dernier, Hannibal devient gênant et le roi trahit son hôte qui réside à Libyssa sur la côte orientale de la mer de Marmara. Menacé d’être livré à Titus Quinctius Flamininus, l’ambassadeur romain, Hannibal choisit de se donner la mort durant l’hiver 183 en avalant du poison que, dit-on, il porte depuis longtemps dans une bague. L’année exacte de sa mort reste toutefois imprécise. Si, comme Tite-Live le suggère, elle a lieu en 183, la même année que celle de Scipion l’Africain, Hannibal serait alors âgé de 63 ans.
Son corps reposerait dans un cercueil en pierre sur lequel serait visible l’inscription : Ici est renfermé Annibal.
Parmi les sites évoqués pour situer la tombe d’Hannibal figure une petite colline coiffée de quelques cyprès et située aujourd’hui dans une zone industrielle près de la ville turque de Libyssa (actuelle Gebze) en Kocaeli. Considérée comme la tombe du général, elle est restaurée vers 200 après J.-C. par l’empereur romain Septime Sévère, originaire de Leptis Magna (actuelle Libye), qui prend l’initiative de recouvrir la tombe d’une plaque de marbre blanc. Le site est aujourd’hui à l’état de ruines. Des excavations sont effectuées en 1906 par des archéologues, dont Theodor Wiegand, mais ces derniers se montrent sceptiques quant à la réalité de la localisation du site.
Héritage
Avec le Carthaginois disparaît sans aucun doute la plus grande menace que la République romaine ait affronté. Pourtant, son bilan personnel est un échec. La Méditerranée occidentale devient un « lac romain » et Carthage est en sursis. Rome étend par ailleurs son emprise sur le monde grec et sur l’Asie.
Mais en même temps, et c’est le paradoxe de son bilan, en tentant de détourner — par son discours sur la liberté des cités — les cités grecques de l’alliance avec Rome, il force cette dernière à légitimer ses actions et à se comporter en grande puissance impérialiste. C’est en cela qu’Hannibal est au cœur de l’histoire romaine et grecque.
Longtemps après sa mort, le nom d’Hannibal continue de perpétuer symboliquement le spectre d’une menace sur la République romaine. On écrit qu’il décrit les Romains, qui se proclament les fiers descendants de Mars, comme des représentants de l’effroi. Pendant des générations, les matrones romaines continuent à raconter à leurs enfants des contes effrayants quand ils se comportent mal. Hannibal symbolise tellement l’horreur que, quel que soit le désastre qui survient, les sénateurs romains hurlent Hannibal ad portas (Hannibal est à nos portes !) afin d’exprimer leur anxiété. Cette locution latine célèbre évolue plus tard en une expression qui est encore couramment utilisée quand un client franchit une porte ou quand quelqu’un doit faire face à une calamité. De telles expressions prouvent l’impact psychologique qu'a eu la présence d’Hannibal en Italie sur la culture romaine.
Dans ce contexte, une admiration (forcée) est évidente dans les écrits des historiens romains Tite-Live et Juvénal. D’autre part, les Romains vont jusqu’à ériger des statues du général carthaginois dans les rues même de Rome afin de figurer leur défaite en face d’un tel adversaire. Il est plausible de penser qu’Hannibal est à l’origine de la plus grande peur que Rome ait jamais éprouvée face à l’un de ses ennemis.
Néanmoins, durant la Deuxième Guerre punique, les Romains se refusent à la défaite et rejettent toutes les initiatives de paix, y compris la libération contre rançon de prisonniers après la bataille de Cannes. Par ailleurs, il n’existe aucun texte relatant une quelconque révolution parmi les citoyens romains, aucune faction au sein du Sénat souhaitant la paix, aucune trahison romaine à l’avantage des Carthaginois, aucun coup d’État et aucune instauration de dictature pendant cette période. Au contraire, les aristocrates romains restent en compétition afin d’assumer des postes de commandement pour combattre le plus dangereux ennemi de Rome. Le génie militaire d’Hannibal n’est donc jamais suffisant pour perturber réellement l’organisation politique et militaire des Romains. Comme en fait état Lazenby :
« Il existe également quantité de textes en faveur de leur maturité politique et du respect des formes constitutionnelles basés sur le fait que la machinerie gouvernementale complexe continua à fonctionner même en plein désastre. Il y a peu d’États de l’Antiquité dans lesquels un général ayant perdu une bataille comme Cannes aurait osé se maintenir, encore moins aurait continué à être traité avec respect en temps que chef d’État. »
Selon Tite-Live, cela n'en diminue pas la peur des Romains face à Hannibal, notamment à l’occasion de sa marche sur Rome en 211 :
« Un courrier de Fregellae, qui avait marché sans relâche jour et nuit, jeta dans Rome une grande terreur. L’affluence des habitants de la campagne, dont les récits ajoutaient le mensonge à la vérité, avait répandu l’agitation dans toute la ville. C’était peu dire que les femmes firent retentir de leurs gémissements les maisons particulières ; les dames de distinction, bravant tous les regards, couraient en foule vers les temples des dieux ; les cheveux épars, agenouillées au pied des autels, les mains tendues vers le ciel et vers les dieux, elles les supplaient d'arracher Rome aux mains des ennemis, et de sauver l’honneur et la vie des mères romaines et de leurs jeunes enfants. »
Au Sénat, cette nouvelle « affecte les esprits en fonction des caractères de chacun ». Il décide de maintenir le siège de Capoue tout en levant 15 000 fantassins et 1 000 cavaliers pour renforcer la protection de Rome. Selon Tite-Live, les terres occupées par l’armée d’Hannibal à l’extérieur de la ville sont revendues entre romains alors même qu’elles sont occupées et pour un prix juste. Cela peut ne pas être vrai mais, comme l’indique Lazenby, « cela pourrait bien l’être car cela ne montre pas seulement la confiance suprême des Romains dans la victoire ultime mais aussi la façon selon laquelle un semblant de vie normale se poursuivait ». Après la bataille de Cannes, les Romains montrent une considérable fermeté dans l’adversité. Une indéniable preuve de la confiance de Rome est démontrée par le fait que, après le désastre de Cannes, la cité est laissée virtuellement sans défenses alors que le Sénat choisit de ne pas retirer une seule garnison des provinces pour renforcer la ville. En fait, les troupes des provinces sont renforcées et les campagnes maintenues jusqu’à ce que la victoire soit assurée d’abord en Sicile, sous la direction de Marcus Claudius Marcellus, puis en Hispanie sous la direction de Scipion l'Africain. Malgré le fait que les conséquences à long terme de la guerre d’Hannibal sont incontestables, cette dernière est indéniablement la plus « belle heure » de l’histoire de Rome
La majorité des sources à la disposition des historiens sur Hannibal sont d’origine romaine. Hannibal y est considéré comme le plus grand ennemi que Rome ait affronté. Tite-Live nous rapporte l’opinion qu’il est extrêmement cruel. Même Cicéron, lorsqu’il évoque Rome et ses deux grands ennemis, parle de l’« honorable » Pyrrhus d’Épire et du « cruel » Hannibal. Néanmoins, une image différente est parfois rapportée. Lorsque les succès d’Hannibal entraînent la mort de deux consuls romains, Hannibal cherche vainement le corps de Caius Flaminius Nepos sur les bords du lac Trasimène, organise des cérémonies rituelles en hommage à Lucius Aemilius Paullus et rend les cendres de Marcus Claudius Marcellus à sa famille vivant à Rome. Toutefois, le parti pris de Polybe est plus gênant puisqu’il semble éprouver de la sympathie envers Hannibal. Pourtant, Polybe est resté otage en Italie durant une longue période et se base majoritairement sur des sources romaines. Il existe donc une possibilité qu’il reproduise là des éléments de la propagande romaine.
Le nom « Hannibal » est commun dans le monde moderne et la culture populaire. Comme pour d’autres chefs militaires, les victoires d’Hannibal sur des forces supérieures, et une cause finalement perdue, lui confèrent une renommée qui lui survit bien au-delà des frontières de son pays d’origine en Afrique du Nord (actuelle Tunisie).
Sa traversée des Alpes demeure ainsi un fait militaire parmi les plus spectaculaires des guerres de l’Antiquité et mobilise depuis l’imagination du monde de façon romancée au travers de multiples productions artistiques.
Plusieurs années après la Deuxième Guerre punique, alors qu’Hannibal est conseiller politique du royaume séleucide, Scipion l’Africain est envoyé en mission diplomatique par Rome à Éphèse même si l’on ignore la date exacte de leur entrevue qui est mentionnée par Plutarque et Appien :
« On dit que lors de l’un de leurs entretiens au gymnase, Scipion et Hannibal eurent une discussion sur la question de la compétence des généraux, en présence de nombreux spectateurs, et que Scipion demanda à Hannibal quel était selon lui le plus grand général, ce à quoi ce dernier répondit : « Alexandre le Grand ».À la fin de cette conversation Hannibal demanda à Scipion d’être son invité, ce que Scipion accepta très volontiers sous réserve qu’Hannibal ne vive pas chez Antiochos III, suspect aux yeux des Romains. Ils montrèrent ainsi, à la manière digne des grands commandants, qu’ils avaient renoncé à leur hostilité à la fin de leurs guerres. »
Scipion l’approuva, mettant également Alexandre en première position. Puis, il demanda à Hannibal qui il placerait ensuite. Hannibal répondit Pyrrhus Ier car il considérait la hardiesse comme la première qualité d’un général. Il précisa qu’« il serait impossible de trouver deux rois plus entreprenants que ceux-ci ».
Scipion en fut agacé mais il continua à questionner Hannibal sur celui qu’il verrait en troisième position, en espérant qu’il serait au moins celui-là. Mais Hannibal répondit : « Moi-même, du fait que dans ma jeunesse j’ai conquis l’Hispanie et traversé les Alpes avec une armée pour la première fois depuis Hercule. J’ai traversé l’Italie et vous ai tous frappés de terreur, vous obligeant à abandonner 400 de vos villes, et j’ai souvent menacé votre Cité d’un péril extrême, tout ceci sans jamais recevoir d’argent ni de renforts de Carthage ».
Quand Scipion sentit qu’il allait prolonger ces louanges, il dit en riant : « Où te placerais-tu Hannibal, si tu n’avais pas été vaincu par moi ? » Hannibal, percevant alors sa jalousie, répondit : « Dans ce cas, je me serais mis en première position ». Hannibal continua ensuite ses propres louanges, tout en prenant soin de flatter Scipion de délicate manière en suggérant qu’il avait battu quelqu’un de supérieur à Alexandre.
Les exploits d’Hannibal, et plus particulièrement sa victoire à Cannes, continuent à être étudiés dans les académies militaires du monde entier. Dans l’Encyclopædia Britannica de 1911, l’auteur de l’article consacré à Hannibal loue ce dernier en ces termes :
« Quant au génie militaire d’Hannibal, il ne peut y avoir deux avis. L’homme qui put se maintenir pendant quinze ans en terrain hostile faisant face à plusieurs armées puissantes et une succession de généraux capables doit avoir été un tacticien hors pair. Dans ses stratégies et l’utilisation de l’embuscade, il surpassa sans aucun doute tous les autres grands généraux de l’Antiquité. Aussi splendides que furent ses réalisations, nous devons encore plus nous en émerveiller en constatant la mauvaise grâce avec laquelle Carthage le soutint. Pour répondre à la disparition de ses vétérans, il dut lever des troupes fraîches sur place. Jamais, on n’entendit parler de mutinerie dans son armée, bien qu’elle fut composées de Nord-Africains, d’Ibères et de Gaulois. Encore une fois, ce que nous savons sur lui est pour la plus grande part issu de sources hostiles. Les Romains l’ont tellement craint et détesté qu’ils n'auraient pas pu lui rendre justice. Tite-Live parle de ses grandes qualités mais il ajoute que ses vices étaient également grands, parmi lesquels il pointe une perfidie « plus grande que la perfidie punique » et une « cruauté inhumaine ». Concernant le premier point, il n’y a aucune autre justification que son habilité dans l’utilisation de l’embuscade. Pour le second, il n’y a, de notre point de vue, aucune base autre que le fait qu’il ait agi, lors de certaines crises, conformément à l’esprit général des guerres antiques. Par moment, il donne par contraste un portrait plus favorable de son ennemi. Aucune brutalité ne souille son nom comme ce fut le cas de celles perpétuées par Caius Claudius Nero envers Hasdrubal vaincu. Polybe relève seulement qu’il fut accusé de cruauté par les Romains et d’avarice par les Carthaginois. Il eut incontestablement des ennemis amers et sa vie fut une lutte continuelle contre le sort. Pour l’immuabilité des objectifs, la capacité d’organisation et la maîtrise de la science militaire, il n’a peut-être jamais eu d’égal. »
Même ses chroniqueurs romains admettent une maîtrise militaire suprême écrivant que ce dernier « n’avait jamais exigé des autres ce qu’il n’aurait pas fait lui-même ». Selon Polybe, « comme un sage gouverneur, il a su tellement soumettre et contenir ses gens dans le devoir, que jamais ils ne se révoltèrent contre lui, et que jamais il ne s’éleva au milieu d’eux aucune sédition. Quoique son armée ne fût composée que de soldats de divers pays, Africains, Espagnols, Ligures, Gaulois, Carthaginois, Italiens, Grecs, qui n’avaient de commun entre eux ni lois, ni coutumes, ni langage, il réussit par son habileté à réunir toutes ces différentes nations, à les soumettre au commandement d’un seul chef, et à les faire entrer dans les mêmes vues que lui ».
Le document du comte Alfred von Schlieffen (intitulé de façon éponyme le plan Schlieffen), est élaboré à partir de ses études militaires et insiste lourdement sur les techniques d’enveloppement employées pour encercler et détruire victorieusement l’armée romaine à la bataille de Cannes. George Patton pense quant à lui qu’il est la réincarnation d’Hannibal (parmi d’autres réincarnations comme celle d’un légionnaire romain et d’un soldat de Napoléon Ier). Norman Schwarzkopf, le commandant des forces de la coalition durant la première guerre du Golfe, affirme pour sa part que « la technologie de la guerre peut changer, la sophistication des armes change à coup sûr. Mais les mêmes principes de la guerre qui s’appliquaient du temps d’Hannibal, continuent à s’appliquer aujourd’hui ».
Enfin, selon l’historien militaire Theodore Ayrault Dodge :
« Hannibal excellait en tant que tacticien militaire. Dans l’histoire, aucune bataille n’offre un exemple plus fin de tactique que la bataille de Cannes. »
Certaines qualités lui sont reconnues depuis l’Antiquité : l’audace, le courage et la pugnacité. Elles sont notamment mises en œuvre au cours d’un raid nature partant de Lyon et menant à Turin à travers les Alpes et qui porte son nom : le raid Hannibal.
Hannibal couvre de plantations d’oliviers la plus grande partie de l’Afrique du Nord grâce au travail de ses soldats dont il considère le repos préjudiciable à l’État et à leurs généraux.
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