L'Architecture
Techniques utilisées dans l'architecture gothique
L'ogive est une solution aux problèmes de forces.
L'architecture romane (qui précède le gothique) a remplacé l'idée de la basilique charpentée par celle de la basilique voutée qui nécessite des murs d'appui épais, le plus souvent renforcés par des contreforts accolés de place en place.
L'art gothique amène une solution aux problèmes de forces que connaît l'art roman. Et par ce changement, on pourra alors édifier des parties beaucoup plus hautes.
En effet, l'arc brisé et, surtout, la croisée d'ogive permettent, contrairement à l'arc en plein cintre de l'art roman, de diriger une grande partie des forces de pression vers le sol. Ainsi, les murs épais que l'on retrouve sous l'architecture romane vont rapidement être remplacés par d'énormes piliers. On dénomme cela alors une architecture de structure. La magie du gothique se retrouve donc dans cette gestion non-visible des forces où les éléments, apparaissent trop légers pour supporter les poussées. Cet équilibre n'est possible que si la conception des éléments supérieurs précède l'édification des éléments bases. La cathédrale gothique est donc un monument éminemment structuré et planifié à défaut d'être calculé. Les concepts physiques sur lesquels repose l'architecture gothique ne seront théorisés qu'à partir du XVIe siècle.
Les voûtes et les flèches peuvent donc s’élever.
La cathédrale gothique, construction la plus emblématique du style, est une image de la Jérusalem céleste. C'est autant une invitation à l'élévation spirituelle qu'une manifestation du pouvoir et de la grandeur de Dieu et de l'Église.
Le style roman s’est développé principalement au sud de la Loire, où la luminosité permettait ces ouvertures limitées et ces jeux de contraste entre ombre et lumière.
Au nord, ce parti pris structurel aurait rendu les bâtiments trop sombres et lugubres, des ouvertures plus grandes devaient être envisagées pour laisser pénétrer la lumière. L'arc plein cintre ne permet pas de percer des ouvertures suffisamment grandes pour la lumière tant recherchée par l'art gothique, car le report latéral des forces est trop important et on ne peut envisager d’élever la voûte sans renforcer les murs pour supporter la poussée résultante.
En revanche l’arc brisé et la croisée d'ogives permettent de rassembler les forces et de les concentrer sur des piliers. Les murs n’ont donc plus à supporter le poids de la structure (très lourde dans l'art roman) et peuvent alors être ouverts vers l'extérieur. La lumière devient donc si abondante qu'on peut jouer à la colorer par des vitraux. Ces derniers ne laissent rien voir de l’extérieur. Ils sont édifiants pour les fidèles et représentent bien souvent des scènes bibliques, la vie des saints ou parfois même la vie quotidienne au Moyen Âge. Ils étaient de véritables supports imagés pour le catéchisme des fidèles qui n'avaient alors qu'à lever les yeux.
Mais au-delà de la représentation iconographique, c'est aussi pour toute la symbolique de la lumière que l'on avait recours aux vitraux durant le Moyen Âge, et plus particulièrement pendant la période dite gothique. Selon Vitellion, intellectuel du XIIIe siècle, on distingue deux sortes de lumières : la lumière divine (Dieu) et la lumière physique (la manifestation de Dieu). Les vitraux étaient alors chargés de transformer la lumière physique en lumière divine, autrement dit de faire rentrer la présence divine dans la cathédrale.
Toujours dans la mentalité médiévale, on associait le sombre ou l'absence de lumière au Malin. Ainsi, quand un fidèle entrait dans la cathédrale, il se sentait protégé du mal par Dieu et cela grâce à la luminosité des vitraux. On retrouve une explication du lien entre Dieu et la lumière dans la Bible.
Le contexte historique dans lequel cette théologie de la Lumière s'est mise en place est décrite dans l'œuvre de l'historien Georges Duby.
« Je suis la lumière du monde ; celui qui Me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
— Évangile selon saint Jean, VIII, 12
En outre, la lumière provenant des vitraux a pour but de délimiter un microcosme céleste au cœur de l'église.
L'arc-boutant est un étai formé d'un arc en maçonnerie qui contrebute la poussée latérale des voûtes en croisées d'ogives. Il reprend, non seulement, la fonction des contreforts de l'architecture romane mais permet aussi de limiter la force des vents et de la pluie sur les fenêtres hautes. Enfin il est souvent associé au système d'évacuation des eaux de pluies de la toiture.
Arc dont la courbe inférieure est formée à partir de deux demis-arcs symétriques s'appuyant l'un sur l'autre.
Contrefort élevé et massif redirigeant les poussées des arcs boutants vers le sol.
Le pinacle est un petit clocheton, le plus souvent en plomb et de forme pyramidale de base polygonale (ou simplement une flèche ou pointe), parfois ajouré et orné de fleurons servant de couronnement à un arc-boutant. Il sert également à alourdir les arcs boutants pour empêcher que ceux-ci ne se déportent.
Galerie, souvent voûtée, ouverte sur l’intérieur et aménagée latéralement au-dessus des bas côtés de la nef d’une église. Comme les arc-boutants, le triforium fait partie des éléments qui contrebalancent les poussées de la nef. Il n'a pas de rôle liturgique ni de circulation dans l'édifice.
Si l'arc en plein cintre donnait satisfaction pour la construction d'une nef simple munie d'une voûte dite en berceau, il convenait mal à la croisée du transept et de la nef. Il en résultait, aux diagonales de l'intersection, des arcs elliptiques aplatis beaucoup plus fragiles. L'effondrement de la coupole de l'église Hagia Sophia à Constantinople avait illustré ce problème.
La solution fut de réserver la robustesse des arcs en plein cintre aux diagonales de la croisée, ce que l'on appelle une croisée d'ogives. La projection orthogonale de cette croisée selon l'axe de chacune des nefs donne alors une demi-ellipse posée dans sa hauteur, très résistante en son sommet. Par chance, il existe une bonne approximation de cet arc pour cette époque où, sur le chantier, à défaut de bons moyens de calcul et de mesures précises il vaut mieux recourir à des tracés simples à exécuter : il s'agit d'un arc brisé composé de deux arcs de cercle centrés respectivement au premier et au troisième quart de la distance à franchir.
Cette approximation est souvent observable à une légère déformation de la voûte de la croisée à l'endroit où elle se raccorde aux nefs.
Contrairement au style roman qui se veut résolument sobre, le style gothique se pare souvent d'une multitude d'arcs, de colonnades, de statues, etc.
Construction d'un édifice gothique
- la brouette : cette technique a remplacé les civières dans le transport des pierres et briquaillons permettant ainsi un gain de main d'œuvre (un seul ouvrier nécessaire au lieu de deux).
- La roue de carrier : ce dispositif permettait aux bâtisseurs de monter de lourdes charges.
Les différentes formes locales
Le gothique angevin, également appelé gothique Plantagenêt ou Gothique de l'Ouest, se distingue par des façades différentes de celles d'Île-de-France qui comportent trois portails. Le chevet ne comporte pas non plus systématiquement d'arcs-boutants, comme la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers dont le chevet est un simple mur vertical. Mais ce sont surtout les voûtes qui caractérisent le gothique angevin : la voûte angevine présente un profil très bombé (clef de voûte sensiblement plus haute que les doubleaux et les formerets), alors que la voûte francilienne est plus plate (clef de voûte au même niveau que les doubleaux et les formerets).
Ce système, typique du milieu du XIIe siècle, est une combinaison d'influences du renouveau gothique (voûte d'ogives) et de l'architecture romane de l'ouest de la France (églises à files de coupoles comme la cathédrale Saint-Front de Périgueux ou la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême). Il se caractérise par une nef à vaisseau unique, c'est-à-dire sans bas-côtés, et des voûtes d'arêtes très bombées qui poussent peu à dévers et qui ne nécessitent pas d'arcs-boutants.
Parmi les plus beaux exemples de voûtes angevines peuvent être cités la cathédrale Saint-Maurice d'Angers et l'ancien Hôpital Saint-Jean d'Angers, actuel Musée Jean-Lurçat.
La Normandie a été très tôt associée au mouvement gothique. Une des spécificités du gothique normand est la présence, au-dessus du transept, d'une tour centrale qui peut être lanterne et / ou clocher , construite dans de nombreuses grandes églises et dans presque toutes les cathédrales de la province (cathédrale de Coutances, de Rouen, d'Évreux, ancienne cathédrale de Lisieux, abbaye de la Trinité de Fécamp, etc.). La cathédrale de Sées n'en comporte pas mais elle était prévue à l'origine. Cette architecture a grandement influencé l'art gothique en Angleterre, où la présence d'une tour centrale est la règle. Exceptionnellement, il en existe aussi ailleurs (Burgos ou Lausanne par exemple).
Contrairement au reste de l'Europe, le gothique anglais s'est développé en trois phases. On distingue le gothique primaire, le gothique curvilinéaire et le gothique perpendiculaire.
Le gothique primaire (ou Early English gothic) se développe du XIIe siècle jusqu'en 1250.
Il commence vers 1250 et va durer un siècle environ. Le gothique curvilinéaire (ou decorated style) se distingue par des baies gothiques très travaillées. Elles comprennent des meneaux qui séparent les différentes parties de la fenêtre. À l'intérieur du bâtiment, les colonnes sont plus fines et plus élégantes que celles du gothique primaire.
Certains auteurs divisent le decorated style en deux périodes : tout d'abord le geometric, caractérisé par des fenêtres aux remplages verticaux en lancettes, puis le curvilinear, qui correspondrait au gothique flamboyant, avec des remplages en mouchettes et soufflets.
Typiquement britannique, le gothique perpendiculaire voit le jour vers 1340, lors de la transformation du chœur de la cathédrale de Gloucester et de la construction de son cloître.
Ce style se caractérise par une redéfinition des volumes intérieurs et des masses extérieures. De grandes baies distribuent largement la lumière dans les salles et les nefs, suivant des lignes horizontales et verticales qui sont à l'origine du terme perpendiculaire. Apparaissent également les voûtes en éventail (fan vaultings) qui cassent le verticalisme des lignes architecturales, créant un effet dynamique et très décoratif. Ces voûtes sont particulièrement remarquables dans les chapelles Henri VII de l'abbaye de Westminster, Saint-George de Windsor ou encore du King's College de Cambridge. À l'extérieur, les arcs-boutants sont supprimés.
Abandonné vers 1520, le gothique perpendiculaire connaît un certain regain dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Ce style gothique peut être divisé en trois styles distints :
De nombreuses églises allemandes ont adopté le style gothique et beaucoup de ses réalisations dans les pays germaniques sont des œuvres d'art exceptionnelles (cathédrale de Cologne, au plan adapté de celui d'Amiens, cathédrale d'Ulm (plus haute flèche gothique en pierre du monde), Fribourg en Brisgau, Ratisbonne, Vienne (Autriche), Prague etc. dans un style peu différencié de la France.
Au nord de l'Allemagne et de la Pologne, la pierre fait place à la brique, ce qui limite fortement la décoration sculpturale (c'est le « Backsteingotik » à Lübeck, Stralsund, Gdańsk, Malbork, Toruń…) ; dans certains édifices, la nef et les bas cotés peuvent être de même hauteur, d'où le nom d' église-halle. De même, ce type d'église se rencontre fréquemment, dans l'extreme nord de la France ainsi qu'en Flandres et aux Pays-Bas.
L'Italie, très influencée par la présence des ordres mendiants (Franciscains et Dominicains), n'a pas complètement intégré l'art gothique venu du nord. Le seul monument religieux vraiment gothique de ce pays est la cathédrale de Milan dont la construction a duré jusqu'au XXe siècle et qui est la seconde plus vaste d'Europe. Accessoirement on peut citer l'église Santa Maria della Spina de Pise qui montre toutefois une grande liberté d'interprétation du gothique. Pour ce qui est d'autres édifices, tels les cathédrales de Sienne ou d'Orvieto, seuls des éléments décoratifs, qui ne sont pas la « substance » de l'art gothique, sont repris et largement adaptés, tout comme également la basilique Basilique Saint-François à Assise qui mélange les éléments romans et ceux du gothique français.
À Séville, le monumental minaret de la mosquée désaffectée depuis la Reconquista s'est vu flanquer d'une cathédrale gothique tardive qui restera la plus vaste du monde. Ses dimensions impressionnantes ont été autorisées par un allègement dû à l'absence de charpente permise par une faible pluviosité. Les cathédrales du nord de la péninsule (à Burgos, León) sont des transpositions de l'art gothique français. La cathédrale de Palma de Majorque se caractérise par un volume intérieur exceptionnel et des voûtes reposant sur des piliers excessivement élancés.
A partir de 1480 et jusqu'à 1520 se développe le style plateresque (plateresco en espagnol). C'est un style architectural de transition entre l'art gothique et la Renaissance. La première phase du style plateresque est également appelée « gothique hispano-flamand », ou encore « style isabélin » ou « des Rois Catholiques », car il s'est développé dans les pays de la couronne de Castille, sous le règne des « Rois Catholiques », Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Les formes du gothique flamboyant sont encore dominantes, et les éléments Renaissance restent peu utilisés ou de façon mal comprise (selon les canons de la Renaissance artistique). On retrouve la prédominance des motifs héraldiques et épigraphiques. L'un des traits de décoration les plus marquants est l'utilisation récurrente des symboles du joug, des flèches et de la grenade, qui font directement référence aux deux monarques espagnols. On retrouve également le motif des boules pour décorer les édifices. Le style isabélin est particulièrement bien représenté par les œuvres des architectes Enrique de Egas, Juan de Álava ou encore Diego de Riaño.
Honoré de Balzac rend hommage au style gothique espagnol, particulièrement à celui de la première cathédrale de Cadix, à l'origine gothique. « L'église, due aux libéralités d'une famille espagnole couronne la ville. La façade hardie, élégante, donne une grande et belle physionomie à cette petite cité maritime. N'est-ce pas un spectacle empreint de toutes nos sublimités terrestres que l'aspect d'une ville dont les toits pressés, presque tous disposés en amphithéâtre devant un joli port, sont surmontés d'un magnifique portail à triglyphe gothique, à campaniles, à tours menues, à flèches découpées ? »
Né à l'époque des Croisades, l'art gothique a laissé quelques témoignages inattendus dans les pays du Levant, comme à Chypre où les cathédrales latines de Nicosie et Famagouste furent ensuite converties en mosquées.
L'architecture gothique civile
- Exemples en France : le Palais des Papes à Avignon, la Conciergerie à Paris, le parlement de Normandie à Rouen, le palais des ducs de Bourgogne à Dijon, Palais des Ducs de Lorraine à Nancy (style flamboyant)
- En Belgique : l'hôtel de ville de Bruxelles ; l'hôtel de ville de Louvain ;
- En Angleterre : Westminster Hall ;
- En Italie : le Palazzo Pubblico à Sienne ;
- En Espagne : la Lonja de la seda à Valence, le Palacio del Infantado à Guadalajara ; Palais de la Généralité et hôtel de ville de Barcelone ;
- En Allemagne : l'hôtel de Ville de Münster
- En Pologne : Hôtel de ville de Wroclaw
- En Russie, à Moscou :
- En Roumanie, à Brasov : L'Eglise Noire, Die Schwarze Kirche, The Black Church
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