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L'Aventure Canadienne
Publié le
par Franck
2 ème partie, Le grand nord canadien, les lacs l'hiver, et la pêche industrielle,
Les opérations hivernales de Mc Innes commencèrent dans le courant du 20e siècle. Des chevaux ramenaient les poissons gelés des campements dans le Saskatchewan jusqu'à la voie ferrée, parcourant cette distance par une combinaison de relais sur les routes d'hiver. Plus tard apparut un avion qui transportait le poisson jusqu'à des voitures conditionnées et permettant de diriger rapidement le chargement vers le sud. En 1946, la Société acheta trois avions Anson et un Douglas. Celui-ci fonctionnait l'hiver dernier sur le lac enlevant chaque fois quatre tonnes de poisson frais ou gelé de l'étab1issement principal Mc. Innes à la Baie de Caribou Jusqu'à Hay River.
A partir de Hay River, les Sociétés ont toutes des camions jusqu'à Grimshaw, terminus de chemins de fer de l'Alberta du Nord. Pour que le Grand Lac des Esclave: puisse prendre la place normale qu lui revient, il est de première importance d'accélérer les manipulations. Les Sociétés de pêche ont utilisé plusieurs méthodes pour sortir rapidement le poisson de la glace et l'expédier sur lès marchés. La machin. la plus révolutionnaire sur le lac est l'auto des neiges, le " Bombardier ", véhicule fabriqué à Québec, qui s'est avéré d'une valeur inestimable pour la pêche sur le Grand Lac.
Mus par un moteur Chrysler et montés sur chenilles en caoutchouc, ces " Bombardiers " en contreplaqué sont au nombre d'une vingtaine environ à Hay River, faisant rapidement le tour des pêcheurs à des kilomètres au large du lac. Ces voitures font 70 km à l'heure avec une charge utile de 500 kg de poisson ; elles triplent ce poids quand les poissons sont chargés dans un traîneau aux patins acérés au lieu de l'être dans e compartiment de fret de la voiture elle-même. Utilisées par toutes les grandes sociétés, ces voitures remplacent rapidement les camions, car voitures sont plus sûrs et accélèrent beaucoup le ramassage du poisson.
Les outils du pêcheur de métier n'ont pas beaucoup varié au cours des années. deux changements sont a noter. L'amélioration la plus importante fut l'introduction d'un dispositif ingénieux, facilitant la pose des filets en permettant de les tirer avec une corde sous la glace.
Ces appareils en bois, de 2,40 m de long, sont passés dans les trous creusés dans la g1ace par les pêcheurs et la corde est attachée solidement à un bras monté sur charnières et passant dans une fente de l'appareil. Quand on a tiré sur la corde, l'appareil avance sous la glace. En relâchant la corde, l'appareil actionne un ressort qui ramène en arrière le bras moteur. Celui-ci frappe alors la glace avec la pointe acérée qui se trouve à sa partie supérieure. Ces chocs, que le pêcheur entend même quand la glace a une grande épaisseur, lui permettent de suivre l'avancement de l'appareil et de savoir exactement où il lui faudra percer le second trou. L'appareil est remonté à travers celui-ci et la corde courante est détachée.
Les filets, plombés (soit avec des pierres, soit avec du plomb) pour la pêche au fond, comportant des flotteurs en bois pour rester droits, sont alors attachés à fa corde et tirés sous la glace. Quand on songe que les premières méthodes pour poser les filets utilisaient des perches encombrantes, l'utilité de cet appareil pour l'industrie peut être appréciée à sa valeur. Actuellement les pêcheurs posent leurs filets par bandes de 100 m entre trous avec beaucoup plus de facilité et de sécurité. Le matériel du pêcheur est simple, mais efficace. Pour tailler le trou dans la glace il utilise une broche. Son ciseau à glace est pratique pour finir les bords du trou afin que les filets puissent être tirés ou mis en place sans accroc. Il possède en général une pelle pour enlever les débris de glace. Récemment la broche circulaire a été remplacée par une barreà trois côtés plus efficace. Pour la pêche sur le Grand Lac des Esclaves il est précisé par la loi que les filets utilisés doivent avoir une maille d'au moins 14 cm. Cette règle est évidemment faite pour la conservation du poisson en limitant la taille de ceux qui peuvent être pris au filet. Pour dix dollars de frais d'autorisation, le pêcheur peut poser 1000 m de filet.
En plus de son équipement qu'il loue ou achète, le pêcheur est responsable de sa hutte ou de ses tentes, les dépenses de nourriture sont à sa charge. Chaque matin, il emmène 10 à 15 paires de mitaines de laine, car il en change dès qu'elles deviennent humides. Des sortes de combinaisons avec des fermetures convenables constituent le vêtement courant. Le pêcheur travail généralement en équipe avec un, deux ou trois autres, car le travail d'un seul homme n'est pas productif.
En règle générale, les pêcheurs sont associés, ou bien l'un d'eux est le patron avec deux hommes qu'il loue. A l'occasion la pêche devient une histoire de famille. Les hommes accomplissent la rude et pénible tâche de poser et retirer les filets, tandis que les filles de la famille s'occupent de l'empaquetage. Les équipes vivent réunies dans les huttes sur les rives du lac ou dans des tentes au large du lac.
Les tentes sont faites de peaux et peuvent être halées par les " Bombardiers " chaque fois que le pêcheur décide de suivre le poisson qui a tendance à émigrer vers des eaux de plus en plus profondes à mesure que le temps devient plus froid. Chaque partie ou la totalité des filets est relevé et les poissons retirés.
Ils sont aussitôt nettoyés, le pêcheur employant pour cela le couteau de boucher à bout rond, qui lui permet de faire le travail en deux coups de couteau bien placés. Le premier ouvre le poisson, le deuxième en retire prestement toutes les entrailles.
Les poissons frais sont empaquetés dans des caisses de bois avec de la glace, cependant que le poisson gelé est souvent mis en carton sur place pour être emmené plus tard. Le poisson blanc et la truite sont recherchés par tous les pêcheurs du Grand Lac, car la rémunération varie selon la prise aussi bien que selon la quantité.
Quand, dorénavant nos lecteurs canadiens s'assiéront devant un plat de poisson du Grand Lac da Esclaves, ils penseront à ces histoires et aux kilomètres et kilomètres de rien, si ce n'est des kilomètres et des kilomètres. Ayez aussi une pensée pour le nordiques endurcis et les familles indiennes qui bravent les rigueurs de l'Arctique pour poser leurs filets.