L'Orgue (2°partie)
La soufflerie traditionnelle était constituée de grands soufflets généralement en forme de coin, actionnés à la main ou aux pieds par un ou plusieurs assistants (jusqu’à dix)[réf. nécessaire]. En raison de la place occupée par cette installation dans les orgues importants, elle était souvent reportée dans un local contigu de la nef. Plus habituellement, elle est sise derrière l’orgue, voire dans le soubassement du buffet. De nos jours, la production de l’air sous pression est confiée à un ventilateur électrique, à de rares exceptions près (reconstitutions d’instruments historiques) ; le bruit du moteur doit évidemment être aussi faible que possible, et il convient, pour des questions de température, que l’air soit aspiré dans le même environnement que l’orgue qu’il alimente. On a cherché aussitôt que possible à s’affranchir de la main-d’œuvre souvent difficile à mobiliser lorsque l’organiste voulait jouer, en mécanisant le fonctionnement des soufflets pompes à l’aide de la machine à vapeur ou même de la force hydraulique, puis du moteur électrique. L’électricité et le ventilateur plus encore ont été, du point de vue de la simplicité et de la fiabilité, des progrès appréciables.
L’air mis sous pression, le vent en termes de facture d’orgue, est dirigé vers un (ou plusieurs) réservoir à soufflet, en forme de coin (les tables inférieures et supérieures sont liées par une charnière), ou à table parallèle ; ce soufflet a pour fonction d’établir une pression du vent constante au moyen de poids disposés sur la table supérieure ; il doit aussi éliminer les variations brusques de pression préjudiciables à la qualité du son émis, variations qui surviennent lorsque l’organiste joue des accords répétés par exemple. Il est précédé par un régulateur dont il commande mécaniquement l’action. Ce régulateur sert à contrôler en permanence la quantité d’air introduite dans le soufflet, en fonction de la consommation d’air induite par le jeu plus ou moins fourni de l’organiste. Son principe peut être basé sur l’ouverture variable d’une soupape ou d’un volet à rouleau par exemple.
Le facteur d’orgues peut même adjoindre sur les porte-vents des antisecousses, pour parfaire l’égalité de la pression. Ce sont de petits soufflets ou tablettes mobiles mis en équilibre par la pression de l’air. À l’opposé, un autre dispositif, appelé tremblant, est destiné au contraire à faire onduler le vent et donc le son des tuyaux de manière régulière, pour apporter un caractère expressif à certaines pièces musicales. Le tremblant peut fonctionner « dans le vent », à l’aide d’un simple volet mobile obturant partiellement un porte-vent et animé d’un battement produit par le passage de l’air, ou « à vent perdu », il crée alors des échappements d’air répétés (dispositif bruyant).
Certains grands instruments disposent de pressions d’air différentes pour chaque sommier. En ce cas, chacun d’entre eux dispose de son propre réservoir à soufflet régulateur disposé à proximité ; cette régulation de la pression peut même être localisée dans le sommier lui-même, selon un dispositif apparu au milieu du XXe siècle.
Le vent est ensuite distribué depuis le réservoir régulateur à l’ensemble des sommiers à l’aide d’un réseau parfois complexe de porte-vents. Il s’agit de canaux usuellement en bois, de sections carrées ou rectangulaires adaptées aux besoins en air des sommiers qu’ils alimentent.
La soufflerie doit dans son ensemble répondre aux besoins en vent de l’orgue qu’elle fournit. Ainsi, les anciens orgues présentaient souvent des déficiences en la matière, en raison du sous dimensionnement de certains éléments de distribution ou de pompes insuffisamment performantes. Bien des éléments entrent en ligne de compte pour le calcul des besoins en vent d’un orgue : le nombre de ses jeux, le type d’harmonisation pratiquée (plus ou moins consommatrice de vent), la conception stylistique même de l’instrument ; les facteurs d’orgues n’ont eu de cesse de parvenir à maîtriser l’alimentation du vent des instruments au cours des siècle ; à cet égard, Aristide Cavaillé-Coll développe au XIXe siècle des solutions techniques novatrices (soufflets à plis multiples entre autres) pour assurer une production importante de vent parfaitement régulé et stabilisé.
C’est le cœur de l’instrument car c’est lui qui fournit l’air sous pression aux tuyaux sonores en fonction des touches actionnées et des registres sélectionnés par l’organiste. Le sommier est la partie la plus délicate de l’orgue, car il doit assurer une distribution parfaite et équilibrée du « vent » (air sous pression) venant de la soufflerie et la distribuer aux registres sélectionnés, sans fuites d’air qui pourraient faire « corner » l’instrument. L’étanchéité doit en être parfaite, ainsi que l’« attaque » des notes.
Le vent arrive à la partie inférieure du sommier dans une sorte de caisson étanche (la laye) dont il peut sortir par des soupapes actionnées par l’organiste. La tige qui tire une soupape pénètre dans la laye au travers d’une boursette en cuir très souple qui assure l’étanchéité tout en permettant le mouvement.
Lorsqu’une soupape s’abaisse, l’air pénètre dans un autre espace, la gravure, qui dessert l’ensemble des tuyaux correspondant à la note sélectionnée. La gravure est surmontée de bas en haut :
- par une table percée de trous en face de chacun des tuyaux ;
- par les registres, planchettes de bois allongées et percées de trous qui coulissent sur la table, perpendiculairement à la gravure ;
- par une chape comparable à la table, et qui supporte la base des tuyaux.
La position du registre, tiré ou poussé, met en communication, ou non, la gravure avec le ou les tuyaux correspondants : l’air traverse alors, par les trous mis en regard, la table, le registre et la chape.
Un tuyau est donc sélectionné, et résonne, lorsque son registre est en position adéquate et que l’on appuie sur la touche qui le commande.
On appelle transmission l’ensemble des organes qui transmettent aux soupapes situées dans le sommier le mouvement de la touche qui est appuyée par l’organiste. Les mêmes principes s’appliquent au maniement des registres situés dans le sommier et actionnés depuis la console (mais avec moins de contraintes).
À l’origine, la transmission était purement mécanique et se composait d’un ensemble de leviers, de renvois en équerre, de tringles mobiles appelées vergettes, reliant l’arrière de la touche à la soupape. Cette technologie (toujours en usage aujourd’hui) demandait une grande minutie de réalisation pour que le mouvement soit précis et le mécanisme le plus léger possible au toucher. La réduction des frottements avait une grande importance, et tout ici nécessitait que la console soit le plus près possible du sommier : l’organiste jouait presque toujours en tribune. Le mécanisme était le plus simple lorsque le clavier était tout près du sommier : toutefois l’écartement des touches étant nécessairement plus petit que celui des soupapes (en raison de l’espacement des tuyaux), le mécanisme minimal nécessitait ce qu’on appelle l’abrégé. Ce principe de transmission reste en usage aujourd’hui, bénéficiant des connaissances et des moyens de fabrication modernes.
À partir du XIXe siècle, les principes de transmission se multiplient :
- mécanique assistée par une machine Barker. Un système d’assistance pneumatique (fonctionnant avec le vent de l’orgue), inséré entre le clavier et les soupapes correspondantes, permet de limiter l’effort nécessaire à l’enfoncement des touches.
- pneumatiques : c’est l’air sous pression qui sert à véhiculer les commandes ;
- électropneumatique (combinaison des deux précédents : soupapes actionnées par l’air sous pression libéré par une autre soupape actionnée par électroaimant) ;
- électriques : les soupapes sont actionnées par des électroaimants dont le courant de service est commandé par les touches du clavier ;
Ces dispositifs éliminent certains inconvénients de la transmission mécanique mais distancient l’interprète des organes sonores et le privent de la qualité du toucher propre à cette dernière.
Les orgues se caractérisent et se différencient les uns des autres par leurs jeux. Bien qu'on désigne communément les différents timbres de l'orgue sous l'appellation « jeu » ou « registre », ces deux mots ne sont pas exactement synonymes. Le jeu désigne l'ensemble des tuyaux produisant le même timbre, à raison d'un tuyau par note. Certains jeux peuvent être constitués de plusieurs rangs de tuyaux (mixtures ou cornets par exemple) et il y aura donc plusieurs tuyaux par note. Le registre, pour sa part, désigne plutôt le mécanisme qui permet d'appeler le jeu, c'est-à-dire le tirant visible à la console et la tringlerie permettant de transmettre l'action jusqu'au sommier.
Il existe plusieurs types de mécanismes pour actionner un registre :
- Le registre mécanique est le plus simple et le plus ancien : le tirant est relié mécaniquement au registre. Il suffit de le tirer vers soi pour ouvrir le registre et de le repousser pour le fermer. Dans l'orgue classique italien, le registre est un levier qui se déplace latéralement (généralement de gauche à droite) et que l'on bloque dans une encoche. En le sortant de son encoche, il est rappelé à sa position d'origine par un ressort. C'est le système le plus sûr et le plus robuste. Raison pour laquelle les facteurs d'orgue d'aujourd'hui privilégient les registres mécaniques.
- Le registre pneumatique : l'appel peut se faire par un tirant ou par un domino à bascule. La tringlerie est remplacée par un tube qui envoie de l'air sous pression vers un piston placé dans l'axe du registre qu'il ouvre ou qu'il ferme. Efficace quand il est bien entretenu, ce système est cependant fragile, la moindre fuite d'air le rendant inopérant.
- Le registre électromagnétique : l'appel peut se faire avec n'importe quelle forme de contacteur électrique (domino, langue de chat, tirant, bouton tactile). L'action est transmise par des fils électriques vers le moteur de registre qui est un électro-aimant à deux positions, ouvert et fermé.
L’émission sonore est assurée par des tuyaux qui reçoivent, à leur base, l’air sous pression venant du sommier. Le plus souvent, les tuyaux ont une position verticale ; ils peuvent aussi être disposés horizontalement (disposition en éventail dite « en chamade » souvent usitée en Espagne).
Les tuyaux diffèrent entre eux par de nombreux paramètres :
- la matière : En général : en bois (chêne, pins, sapins, bois exotiques...) et métal (alliage d’étain et de plomb le plus souvent, zinc, cuivre). Mais on trouve parfois d'autre matériaux : l’or (en placages), du verre, du bambou (célèbre orgue de bambou aux Philippines), et parfois même du carton, du papier mâché, de la matière plastique comme le pvc. ;
- la longueur qui détermine la hauteur de la note émise ;
- le diamètre, qui agit sur le timbre ;
- tuyau ouvert ou tuyau fermé à l’extrémité supérieure ;
- la forme, cylindrique, conique, fuselée, carrée, triangulaire ou autre ;
- l’organe sonore (jeu à bouche ou à anche).
Les tuyaux se répartissent en deux grandes catégories :
- les jeux à bouche, comprenant les fonds et bourdons, les ondulants, les mutations simples, les mutations composées et les mixtures ;
- les jeux d'anche, caractérisés par la présence d’une languette métallique qui vibre à la base du tuyau.
Le principe de fonctionnement est celui de la flûte à bec
- les fonds : tuyaux ouverts, appelés montre lorsqu’ils sont présentés en façade de l’instrument. Leur longueur est exprimée en pieds (théoriquement 32,47325 cm qui était la longueur du pied du roi). Les plus graves (32 pieds pour la note la plus grave) mesurent environ 10,40 mètres. Il existe aussi un orgue, le seul au monde, qui se trouve aux États-Unis et qui dispose d'un jeu appelé Sonus profunda qui est un 64 pieds, donc une octave plus grave que les 32 pieds très répandus en France. Cette longueur correspond à la partie sonore, au-dessus de la bouche. Les plus aigus mesurent 1/32 de pied, soit environ 1 cm. Le diamètre est un paramètre important de leur timbre : les tuyaux étroits forment les jeux gambés au timbre mordant, le diamètre intermédiaire est celui des principaux au timbre plein (prestant, doublette…), le diamètre large est celui des jeux flûtés.
- les tuyaux bouchés (les bourdons) ont une sonorité plus sourde. Parce qu’ils sont bouchés, ils émettent des sons d’une octave plus grave qu’un tuyau ouvert de même dimension, mais perdent en harmoniques.
- les mixtures sont formées de plusieurs rangs de tuyaux groupés de façon indissociables et qui émettent ensemble des sons riches en harmoniques supérieurs : on parle de fourniture, de cymbale et de plein-jeu, en indiquant le nombre de rangs de tuyaux, ils permettent de former le plenum.
- les jeux de mutations émettent des sons différents de la note jouée tel le nazard faisant entendre la quinte. La tierce, la septième et la neuvième en sont d'autres exemples : ils sont destinés à être associés à d’autres jeux pour en modifier la couleur.
- les mutations composées sont formées de plusieurs rangs de tuyaux groupés de façon indissociables et qui émettent ensemble des combinaisons harmoniques : ces jeux sont peu nombreux et très typés, on trouve essentiellement la sesquialtera, le cornet, le carillon et la théorbe.
- les jeux ondulants constituent encore une particularité inventée pour l'orgue, mais utilisée par la suite dans l'harmonium et l'accordéon. Il s'agit généralement de deux jeux identiques désaccordés d'un coma l'un par rapport à l'autre, ce qui provoque un effet d'ondulation. Les plus connus ont pour noms Unda Maris, Voix Céleste, Flûte Céleste, Voce Flebile.
Nous pouvons distinguer immédiatement, deux types de jeux d'anches. Les jeux à anches battantes et les jeux à anches libres.
Le principe de fonctionnement de l'anche battante s’apparente à celui de la clarinette de l'orchestre : une languette en laiton (l’anche) à laquelle l’harmoniste donne une courbure particulière, entre en vibration sur une gouttière ou "canal" sur laquelle elle est maintenue par un coin en bois dur ; son timbre est amplifié par un corps de métal ou de bois, conique, cylindrique ou de formes diverses en fonction du timbre recherché. La longueur et la forme de ce corps ont donc une influence sur le timbre, mais plus sur la hauteur de note, contrairement aux jeux de fonds. L’accord s’effectue à l’aide de la rasette, petite tige de métal permettant de modifier la longueur battante de l’anche, et ainsi sa fréquence vibratoire. Dans le tuyau d’orgue, la languette claque violemment à chaque vibration sur le canal (ce qui s’entend aisément dans les notes les plus graves d’un jeu de 32 pieds par exemple).
Les jeux à anches libres fonctionnent sur le même principe que l'harmonica, l'harmonium ou l'accordéon.
- Familles de jeux d'anche
Le caractère des jeux à anche peut être très varié : ces registres imitent parfois des instruments à vent de l'orchestre (le cromorne, la clarinette, le hautbois, le basson...) ; d’autres présentent un corps de tuyau très raccourci, tels les jeux de régale, au timbre pincé, imitant le cri du corbeau. De plus le caractère change d'une époque à une autre et d'un pays à l'autre : par exemple le timbre peut être éclatant pour la trompette française, ou plus sourd pour la trompette allemande ;.
On peut classer les jeux d'anche de la famille des anches battantes en trois catégories :
- les anches battantes qui forment un ensemble que l'on appelle "le grand-chœur", plutôt puissantes, dont le résonateur, de forme conique, a une taille « normale », c’est-à-dire de même longueur qu’un tuyau à bouche ouvert produisant la même note. Cette famille comprend : Contrebombarde, Bombarde, Trompette, Clairon, Ophicléide, etc. ;
- les anches bassonantes dont le caractère est donné par le type d'anche employé (à larmes ou battantes harmonisées plus en douceur) : les bassons (corps coniques de longueur réelle ou acoustique de 1/2 longueur) ; les autres jeux qui possèdent un résonateur plus évasé sur le haut comme le Hautbois ou le Chalumeau, etc. ;
- les anches à corps courts (dites cruchantes) dont le résonateur est cylindrique, ou de formes diverses, raccourci, parfois partiellement obturé ou surmonté par un chapeau pouvant adopter des formes variées. Cette famille comprend : Cromorne, Clarinette, Douçaine (résonateur 1/2 hauteur), Voix humaine, Musette, Ranquette et Régale
Les orgues ne produisent pas le son uniquement avec de l’air et des tuyaux. Il existe de nombreux instruments qui disposent également de registres de percussions et divers accessoires de bruitages.
On les rencontre dès l'époque de la renaissance, ou des mascarons situés sur les buffets produisaient un effet pittoresque de percussion grâce à une pédale actionnée par l'organiste (exemple : l'orgue de Saint-Savin dans les Hautes-Pyrénées). En Allemagne, on trouve régulièrement des accessoires comme le glockenspiel, le coucou, le rossignol, etc.
À ce titre il faut citer aussi les orgues-orchestres produits par la facture italienne au XIXe siècle. On en trouve beaucoup dans l’Italie de l’ouest, notamment dans les églises de la vallée de la Roya, en Ligurie et dans le Piémont. On rencontre principalement les accessoires suivants : Usignolo, Viela, Rollante, Timpani, Banda militare. On y trouve également le jeu de clochettes ou carillon (Campane).
L’orgue de théâtre (ou orgue de cinéma) accueille également des jeux très typiques que l’on ne trouve que très rarement ou jamais dans l’orgue baroque et encore moins dans l’orgue d’église. Ce sont essentiellement des accessoires de bruitage : la grêle, le vent, le tonnerre, le sifflet de locomotive, la sirène, le klaxon, le rossignol. Et sur des instruments de grande taille, on trouvera également des jeux de percussions chromatiques : xylophone, vibraphone, marimba, célesta et même piano, gong, carillon, harpe et clavecin.
Les orgues géants des USA, comme l’orgue Wanamaker dont on peut voir ci-dessus la console de 6 claviers ou comme l’orgue du Convention Hall d’Atlantic City qui possède 7 claviers, disposent de nombreux jeux de percussions et bruitages.
Plus que pour tout autre, les caractéristiques peuvent varier considérablement d’un instrument à l’autre :
- orgue bible et orgue régale ;
- caractère portatif des plus petits instruments, éventuellement transportable des « orgues positifs » (que l’on pose), ou fixe des grands instruments d’église ou de concert ;
- nombre et étendue des claviers (de un à sept) ;
- existence - ou non - et étendue d’un pédalier ;
- nombre et nature des jeux (ou registres) de 1 à plus de 400 par instrument ;
- harmonisation, adaptée au lieu (salon, auditorium, salle de concert, église, cathédrale) et au style (tempérament) ;
- type de transmission, ou de tirage des notes et des registres (mécanique, pneumatique, tubulaire, électromagnétique, électropneumatique…).
Chaque grand instrument est un ouvrage unique. Il est adapté au local qui l’abrite, à sa destination musicale ou liturgique, à l’importance du budget qui a pu lui être consacré : par nature, c’est un instrument extrêmement coûteux, que ce soit en facture, en maintenance ou en restauration. À titre d'exemple une restauration d'un orgue de type symphonique d'une cinquantaine de jeux peut coûter jusqu'à 600 000 €. À l’époque baroque, l’orgue représente un des sommets de la technologie - seuls certains instruments d’horlogerie ou de serrurerie peuvent atteindre une complexité comparable.
L’organiste fait ses exercices sur un piano, un clavicorde ou un clavecin s’il ne possède pas lui-même un orgue. Si c’est le cas, il s’agit soit d’un orgue d'étude, soit d’un orgue de salon.
Depuis le XXe siècle, il existe aussi des orgues électromécaniques, tels les célèbres orgues Hammond, puis électroniques, possédant des caractéristiques analogues en termes de clavier et de registration, mais où la production des sons résulte d’une synthèse. De nos jours, ce sont les orgues numériques dont s’équipent principalement les particuliers (organistes, étudiants d’orgue et amateurs).
Différentes esthétiques des instruments français
Instruments reflétant l’esthétique et les méthodes de construction des XVIIe siècle et XVIIIe siècle (traction mécanique suspendue, tuyauterie coupée au ton, éventuellement tempérament inégal).
- Orgues classiques remarquables en France : l'orgue de l'église Saint-Thomas de Strasbourg, du facteur Silbermann (1741); Albi Cathédrale Sainte Cécile (Orgue Moucherel [1736]) Cintegabelle (Moucherel, Lépine, 1742-54) ; Abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux (Dom Bedos de Celles, 1748) ; Cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat(Lépine, 1752) ; l'orgue de la Basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Isnard, 1774) ; Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, François-Henri Clicquot (1790)...
Instruments construits dans la première partie du XIXe siècle, à traction mécanique directe ou machine Barker, dont la composition s’enrichit des jeux de flûte harmonique, gambes, voix céleste… mais reste inspirée de la facture classique, avec une tuyauterie coupée au ton, maintient des mutations, simples et composées.
Instruments construits dans le milieu du XIXe siècle, où l'on voit disparaître petit à petit les caractéristiques de l'orgue classique français, au profit de la multiplication des jeux de fonds et d'anches. Orgues romantiques remarquables en France : Saint Omer, Notre Dame (Cavaillé-Coll, 1855); Paris, Sainte-Clotilde (Cavaillé-Coll, 1859) ; Saint-Denis (région parisienne) orgue de la cathédrale basilicale (1 ° grand-orgue romantique de Cavaillé-Coll, 1841) Bayeux, cathédrale ; Paris, Saint-Sulpice (Cavaillé-Coll, 1862). Quelques autres instruments romantiques français : Toulouse, ND de la Daurade (Poirier et Lieberknecht, 1864), Paris, Ste Elisabeth (Suret, 1853). Au Royaume Uni : Londres, St Ann's Limehouse (Gray & Davison, 1855), Salford, St Philip with St Stephen (Renn, 1829).
Instruments construits selon les critères musicaux de la fin du XIXe siècle, avec généralisation de l’entaille de timbre pour la tuyauterie, adoption de tailles généreuses. Omniprésence des boîtes expressives. Exemples remarquables : Cavaillé-Coll : Orléans, cathédrale (1875) ; Lyon, Saint-François (1880) ; Caen, Saint-Étienne (1885) ; Toulouse, Saint-Sernin (1889) ; Rouen, Saint-Ouen (1890) ; Metz, Saint-Eucaire (1902). Merklin : cathédrale de Murcie. Puget : Toulouse, ND la Dalbade (1888), ND du Taur (1878) ; Albi : la Madeleine (1887) ; Montpellier : ND des Tables (1884). Autres facteurs d'orgues importants en France : Debierre, Stoltz, Wenner. En Angleterre : Henry Willis 1 °, W. Hill, Gray & Davison, Rushworth and Dreaper, Schültze. En Allemagne ; Sauer, Walcker, Link…
Instruments construits au début du XXe siècle, avec une généralisation des tractions pneumatique ou électrique, dont la composition conserve les critères symphoniques, avec un retour au jeux de mutations dont la fonction est cependant différente de celle de l'orgue classique, et ont pour but d'élargir la palette sonore. Exemples : cathédrales de Verdun, Arras, Angoulême, Narbonne, église saint Salvy d'Albi, église Saint Jérôme de Toulouse…
Instruments construits à partir des années 1930 tendant à un retour à l’orgue classique et un rejet des caractéristiques de l'orgue romantique. Exemple : cathédrale de Soissons ; Notre-Dame à Royan…
Exemples de composition de grands instruments
Orgue de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, par François-Henri Clicquot
| Grand Orgue ut 1 à mi 5 | Positif ut 1 à mi 5 | Récit sol 2 à mi 5 | Écho sol 2 à mi 5 | Pédale la 0 à ut 3 |
| Montre 16' | Montre 8' | Flûte 8' | Bourdon 8' | Flûte 16' bouchée |
Orgue de l’église Saint-Nicolas d’Altenbruch, par Johann Heinrich Klapmeyer
| Hauptwerk | Brustwerk | Rückpositiv | Pedal |
|---|---|---|---|
| Quintadöhn 16' | Gedackt 8' | Prinzipal 8' | Untersatz 16' |
Galerie de photos
| Sées, cathédrale Notre-Dame (Parisot 1743, Cavaillé-Coll 1883) | |||
| Saint-Étienne, église Saint-Louis, orgue Denis Londe, 1997 (dans l'esthétique de G. Silbermann). | Strasbourg, église Saint-Thomas, orgue J.-A. Silbermann. | Poligny (Cavaillé-Coll - 1858) | |
Agde, cathédrale Saint-Étienne, orgue Gérald Guillemin, 1990
Montpellier, Cathédrale Saint-Pierre 1776, Jean-François L'Epine
Instruments d’exception
- Le plus grand orgue de l’école provençale : Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), basilique (frère Jean-Esprit Isnard et son neveu Joseph Isnard)
- Le plus grand orgue symphonique de Cavaillé-Coll : Paris, église Saint-Sulpice.
- Le plus grand orgue de France :
- en nombre de jeux : Notre-Dame de Paris, (113 jeux, 5 claviers) (Cavaillé-Coll et Boisseau), rendu célèbre par Louis Vierne, Pierre Cochereau.
- en nombre de tuyaux : église Saint-Eustache (Paris), (101 jeux, 5 claviers, 8 000 tuyaux) J. & P. Van den Heuvel (NL), rendu célèbre par Jean Guillou.
- Le plus vieil orgue du monde encore jouable : Sion (Suisse), Basilique de Valère, (certains éléments de l’instrument datent d’environ 1430).
- Le plus grand orgue en état de fonctionnement au monde : Philadelphie (États-Unis), Wanamaker, 6 claviers pour 28 482 tuyaux, 408 jeux, 463 rangs, un jeu de 64’ (Gravissima) 9 jeux de 32', 14 plans sonores.
- Le plus grand orgue du monde : Atlantic City Convention Hall (États-Unis), 7 claviers, 33 114 tuyaux, 314 jeux (+ extensions), 449 rangs, un jeu de 64’ (Diaphone) et 7 jeux de 32’, 16 plans sonores (Midmer-Losh, 1932).
- Le premier orgue parasismique, le premier orgue à tuyaux courbés : Orgue du Walt Disney Concert Hall.
- Le premier orgue en bambou, dans le village de Las Pinas, aux Philippines, bâti en 1824 par le Père Diégo Cera. De type espagnol, il est constitué de 1 031 tuyaux !
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