Murat
Lorsqu'il atteint Milan, le roi de Naples est assailli par les Carbonari. Il faut unifier l'Italie ou elle se retrouvera sous le joug de l'Autriche. Le 8 novembre, il affirme à l'ambassadeur autrichien qu'il choisit le camp des Alliés. En échange, il demande son maintien à Naples. Parallèlement, il affirme son attachement à Napoléon. Pourtant, le 8 janvier 1814, un traité d'alliance entre l'Autriche et Naples est signé. C'est ce qu'on appelle la « trahison de Murat ».
Il entame une marche triomphale avec son armée à travers l'Italie. Partout, il est acclamé. Après une échauffourée avec les troupes du vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais, il semble pris de remords et pense à changer de camp. Napoléon se laisse convaincre et promet le partage de l'Italie avec le Pô comme frontière, Murat recevant le sud. Mais l'abdication de Napoléon à Fontainebleau change la donne et il est doublé par les Autrichiens et les Britanniques et doit finalement rentrer à Naples en mai 1814.
Murat est confirmé roi de Naples par le Congrès de Vienne. Des contacts se nouent cependant avec Napoléon exilé à l'île d'Elbe. Averti du prochain départ de Napoléon pour la France, Murat se revoit roi d'Italie. Lorsqu'il apprend le débarquement de l'empereur en France, il déclare la guerre à l'Autriche alors que Napoléon n'est pas encore arrivé aux Tuileries. De fait, il place Napoléon dans une situation délicate. Le 30 mars 1815, il lance une proclamation à Rimini appelant les Italiens à l'insurrection. Les scènes de joie de l'année précédente se répètent dans toute la péninsule. Il est sévèrement battu par les Autrichiens à Tolentino le 2 mai et voit son rêve s'envoler. Le 19, il fuit Naples et atteint Cannes le 25.
Le roi déchu erre en Provence, espérant que Napoléon l'appellera à l'armée. Napoléon refuse (il le regrettera à Sainte-Hélène). À l'annonce de la défaite de Waterloo, il s'enfuit en Corse. Vite entouré par près de mille partisans, Murat se prend à rêver d'une reconquête de Naples.
Une expédition est montée à la hâte. Parti d'Ajaccio, le 28 septembre 1815, elle arrive le 8 octobre devant le petit port calabrais du Pizzo. Croyant soulever l'enthousiasme de la population, Murat et ses partisans débarquent. La foule est hostile. La Calabre a durement été touchée par la répression du brigandage sous le règne de Joachim.
Il est capturé et enfermé dans le petit château du port. Il écrit plusieurs lettres, en particulier à sa famille. Le 13 octobre, le roi Ferdinand prend un décret par lequel « il ne sera accordé au condamné qu'une demi-heure pour recevoir les secours de la religion ».
Ainsi, le procès était joué d'avance. Il se montre courageux lors de son exécution.
Descendance
Le tombeau de Joachim Murat se trouve au Pizzo en Calabre et celui de son épouse Caroline Bonaparte à Florence, Murat eut 4 enfants :
- Achille (°1801 +1847 ), prince français, duc de Clèves, puis prince royal de Naples, "2e prince Murat", épousa en 1826 Catherine Dudley (petite nièce de Washington) sans postérité
- Laetizia (°1802 +1859), épousa en 1823 Guido-Taddeo, marquis Pepoli
- Lucien (°1803 +1878), prince français, prince de Naples, prince de Ponte-Corvo, puis 3e prince Murat, épousa en 1831 Caroline Fraser (5 enfants naitront de cette union). De lui descend l'actuel prince Murat, Joachim, 8eprince Murat, né en 1944.
- Louise (°1805 +1889), épousa Giulo, comte Rasponi
Le cavalier
Doté d'un puissant charisme, il est un excellent meneur d'hommes et un brillant cavalier. Ses hommes reconnaissent en lui le chef qui les guidera à la victoire. Les Cosaques, cavaliers de l'armée russe, lui vouaient une véritable admiration. Soldat d'avant-garde, il sait fixer l'ennemi et le poursuivre après sa défaite. Il fait ainsi 15 000 prisonniers en cinq jours après la prise d'Ulm en 1805, et anéantit l'orgueilleuse armée prussienne après la double victoire d'Iéna et Auerstaedt. Sabreur, il mène ses escadrons à l'assaut des troupes ennemies aux cours des charges les plus folles, remportant des succès aussi incroyables que décisifs. Ainsi, il écrase l'armée turque à Aboukir, il évite la défaite à Eylau en prenant la tête de 80 escadrons qu'il fait charger sur les troupes russes, et ordonne la charge décisive à la bataille de la Moskowa.
Il est cependant souvent emporté par son enthousiasme, ce qui lui vaut une réputation de fonceur et d'étourdi. À la bataille d'Heilsberg, en 1807, il se jette seul avec 9 000 cavaliers et quelques fantassins contre 80 000 Russes bien retranchés. Cela en fait également un mauvais général en chef qui épuise sa cavalerie à la poursuite des Russes qui se dérobent, au début de la campagne de Russie.
Murat est également réputé pour ses tenues toutes plus extravagantes les unes que les autres qui lui valurent le surnom de « roi Franconi », du nom d'un écuyer de cirque connu dans toute l'Europe du début du XIXe siècle. Cette manie traduit sa vanité, sa volonté de se distinguer des autres généraux français. Il est de fait aisément reconnaissable sur les tableaux évoquant le Premier Empire (et était réellement immédiatement identifié dans les foules et sur les champs de bataille de l'époque), notamment par le port systématique d'énormes panaches blancs sur ses chapeaux.
Le général Griois a laissé dans ses mémoires un portrait de Murat qui résume le personnage.
Murat dans la littérature
- Alexandre Dumas l'a mis en scène dans Impressions de voyage, 1839
- Honoré de Balzac fait référence à son goût du luxe dans La Paix du ménage : « Murat, homme tout oriental, donna l'exemple d'un luxe absurde chez les militaires modernes. » ou à son grand courage dans Le Colonel Chabert où Hyacinthe Chabert décrit la formidable charge d'Eylau.
- Honoré de Balzac: lors de la description de Rastignac dans le père Goriot: "parmi ses qualités (celles de Rastignac) se trouvait cette vivacité méridionale qui fait marcher droit à la difficulté pour la résoudre et qui ne permet pas à un homme d'outre-Loire de rester dans une incertitude quelconque; qualité que les gens du Nord nomment un défaut: pour eux, si ce fut l'origine de la fortune de Murat, ce fut aussi la cause de sa mort".
Notes et références
- Anne Gary, Montfaucon en Quercy : À la découverte du passé, t. 1 : Des origines à la révolution, Éditions du Roc de Bourzac, Bayac, 4 novembre 1992, 115 p. (ISBN 2-87624-047-5), p. 103
- « Après l'armistice de Cherasque, le général Murat, premier aide-de-camp du général en chef de l'armée d'Italie, fut expédié pour Paris, avec vingt et un drapeaux et la copie de l'armistice. Napoléon avait pris cet officier au 13 vendémiaire ; il était alors chef d'escadron au 21e chasseurs. Il a été depuis marié à la sœur de l'Empereur, maréchal d'Empire, grand duc de Berg, roi de Naples, etc. Il a eu une grande part à toutes les opérations militaires du temps; il a toujours déployé un grand courage et surtout une singulière hardiesse dans les mouvements de cavalerie. » (Las Cases.)
- Un jour il fut enveloppé par un grand nombre de Mamelucks ; on le crut tué ; mais quelques cavaliers français parvinrent à le dégager ; il n'avait reçu aucune blessure; mais son sabre brisé et teint de sang attestait la lutte qu'il venait de soutenir.
- Saint-Jean-d'Acre eût été emporté si l'héroïsme avait pu suffire. À cet assaut meurtrier où Murat se distinguait, comme un but aux coups de l'ennemi, par le panache qui flottait au-dessus de sa tête, il reçut dans le collet de son habit une balle qui traversa sa cravate et lui effleura le cou ; son panache abattu par une autre balle resta au pouvoir des assiégeants, et le pacha l'ayant réclamé, le montrait toujours comme un glorieux trophée.
- Mustapha-Pacha, à la tête de 18 000 Turcs, avait abordé dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ayant ordonné l'attaque du camp des Turcs, ceux-ci se défendaient avec courage et quelque chance de succès, lorsque Murat, commandant de l'avant-garde, détacha un de ses escadrons, en lui ordonnant de charger l'ennemi et de traverser toutes les positions, pendant que le général Lannes se portait à l'attaque d'une redoute jusqu'aux fossés de laquelle l'escadron de Murat devait pénétrer. Ces deux attaques combinées jetèrent le trouble et la confusion dans le camp ennemi. « L'intrépide cavalerie du général Murat, écrivait Bonaparte au Directoire, a résolu d'avoir le principal honneur de cette journée ; elle charge l'ennemi sur sa gauche, se porte sur les derrières de la droite, la surprend à un mauvais passage et en fait une horrible boucherie. Le gain de cette bataille est dû principalement à Murat. Je vous demande pour lui le grade de général de division ; sa brigade de cavalerie a fait l'impossible. »
- commandée par un chef aussi intrépide : 1 500 chariots, 50 pièces de canon, 1 600 prisonniers avaient été les trophées de sa marche victorieuse jusqu'à Nuremberg.
- « Puisque vous prenez des places fortes avec votre cavalerie, écrivait Napoléon à son beau-frère, je pourrai congédier le Génie et faire fondre mes grosses pièces. »
- « Il n'y avait pas deux officiers dans le monde pareils à Murat pour la cavalerie, et à Drouot pour l'artillerie: Murat avait un caractère très-singulier. Il y a environ vingt-quatre ans qu'il était capitaine; je le pris pour mon aide-de-camp; je l'ai fait tout ce qu'il a été depuis. Il m'aimait ; je peux même dire qu'il m'adorait. Il était, en ma présence, comme frappé de respect et prêt à tomber à mes pieds. J'ai eu tort de l'éloigner de ma personne; car, sans moi, il n'était rien, et à mes côtés, il était mon bras droit. Si j'ordonnais à Murat d'attaquer et de culbuter 4 ou 5,000 hommes dans une direction donnée, c'était l'affaire d'un moment. Je ne puis concevoir comment un homme si brave pouvait être si faible en certaines circonstances ; il n'était brave que devant l'ennemi, et là, c'était peut-être l'homme le plus vaillant du monde, son courage impétueux le portait au milieu du danger; couvert de plumes qui s'élevaient sur sa tête comme un clocher et tout d'or, c'était un miracle qu'il échappât tant il était facile à reconnaître à son costume. Toujours en butte au feu de tous lés ennemis, les Cosaques eux-mêmes l'admiraient à cause de son étonnante bravoure. Chaque jour, il était engagé dans un combat particulier avec quelques-uns d'entre eux, et ne revenait jamais sans avoir teint son sabre de leur sang. En campagne, c'était un véritable paladin; mais si on le prenait dans le cabinet, c'était un poltron sans jugement ni décision. Murat et Ney étaient les deux hommes les plus braves que j'aie jamais connus. Le caractère de Murat était cependant plus noble, car il était généreux et franc. Chose étrange ! Murat, malgré l'amitié qu'il me portait, m'a fait plus de mal que qui que ce soit au monde. Quand je quittai l'île d'Elbe, je lui envoyai un courrier pour l'informer de mon départ; il prétendit qu'il devait attaquer les Autrichiens, le courrier se jeta à ses genoux pour l'en empêcher ; il me croyait maître de la France, de la Belgique et de la Hollande, et il devait, disait-il, faire sa paix avec moi et ne pas adopter de demi-mesures ; il chargea les Autrichiens comme un fou, avec sa canaille, et ruina mes affaires ; car, dans le même temps, je faisais avec l'Autriche une négociation d'après laquelle je stipulais qu'elle resterait neutre. Ce traité était sur le point d'être conclu, et alors j'aurais régné paisiblement. Mais aussitôt que Murat attaqua les Autrichiens, l'empereur François crut qu'il n'agissait que d'après mes instructions ; et, en effet, il sera difficile de faire croire le contraire à la postérité. Metternich dit : « Oh! l'Empereur est toujours le même; c'est un homme de fer. Le séjour qu'il a fait à l'île d'Elbe ne l'a pas changé, rien n'est capable de le guérir : tout ou rien, voilà sa devise ! » — L'Autriche se joignit à la coalition, et ma perte fut consommée. Murat ignorait que ma conduite fût réglée d'après les circonstances. Il était comme un homme qui regarde le changement de décorations à l'Opéra, sans jamais penser à la machine qui les met en mouvement : il n'a pas cru me faire un grand tort en se séparant de moi la première fois ; car il ne se serait pas joint aux alliés. Il calcula que je serais obligé de céder l'Italie et quelques autres pays; mais il n'a jamais envisagé ma ruine entière. » O'MEARA.)
- « On ne le plaindra pas : c'était un traître. Il ne m'a jamais dit qu'il fût déterminé à défendre son trône; et jamais je ne lui ai manifesté l'intention de réunir les royaumes d'Italie et de Naples, ni de lui ôter la couronne et de le faire connétable de l'Empire : certainement, je me suis servi de lui comme d'un instrument pour exécuter de grands projets sur l'Italie, et mon intention était de déposséder Murat du trône de Naples; mais le temps n'était pas venu, et, d'ailleurs, je lui aurais donné une indemnité convenable. Sa lettre à Macirone est d'un ridicule achevé, et son entreprise est celle d'un fou. Quel, motif avait-il de se plaindre de l'empereur d'Autriche qui s'était conduit généreusement, qui lui avait offert un asile partout où il voudrait dans ses États, et qui ne lui imposait d'autre condition que celle de ne pas les quitter sans sa permission : ce qui était très-essentiel. Dans l'état où en étaient les choses, que pouvait-il exiger de plus? moi-même, je n'aurais jamais demandé davantage à l'Angleterre. C'était un acte de générosité de la part de l'empereur d'Autriche ; il lui rendait le bien pour le mal, car Murat avait fait tous ses efforts pour lui enlever l'Italie.» (O'MÉARA.)
- « Murat avait perdu deux fois Napoléon, et cependant c'est à Toulon que Murat accourut chercher un asile. Je l'eusse amené à Waterloo, disait Napoléon, mais l'armée française était si patriotique, si morale, qu'il est douteux qu'elle eût voulu supporter celui qu'elle disait avoir perdu la France. Je ne me crus pas assez puissant pour l'y maintenir, et pourtant, il nous eût valu peut-être la victoire ; car que nous fallût-il dans certains moments de la journée? enfoncer trois ou quatre carrés anglais : or, Murat était admirable pour une pareille besogne; il. était précisément l'homme de la chose. Jamais, à la tête d'une cavalerie, on ne vit quelqu'un de plus déterminé, de plus brave, d'aussi brillant. En fusillant Murat, les Calabrais ont été plus humains, plus généreux que ceux qui m'ont envoyé ici.» (Las Cases).
- Quand le moment fatal arriva Murat marcha d'un pas ferme vers l'endroit de l'exécution - aussi calme et impassible que si c'était une revue ordinaire. Il n'accepta pas une chaise ni d'avoir ses yeux bandés : « J'ai bravé la mort trop souvent pour la craindre ». Il se tint droit, avec orgueil et sans intimidation, avec contenance vers les soldats ; et quand il fut prêt il embrassa un camée sur lequel la tête de sa femme était gravé, et dit ces mots : « Soldats ! Faites votre devoir ! Droit au cœur mais épargnez le visage. Feu ! »
- « Murat commandait l'avant-garde de l'armée dont nous faisions partie et il était chaque jour avec nous. Son costume tout à fait théâtral aurait jeté du ridicule sur tout autre mais il semblait fait à sa taille et accompagnait parfaitement une valeur toute brillante qui n'appartenait qu'à lui. Ses chevaux avaient un harnachement bizarre mais magnifique et la grâce avec laquelle il les maniait relevait encore leur beauté. Sa bravoure était tellement reconnue dans l'armée et on était si accoutumé à le voir au milieu du feu le plus épais que les aides de camp ou officiers d'ordonnance qui avaient des ordres à lui transmettre ou des informations à lui donner, se dirigeaient toujours sur le point où l'on se battait et du côté où l'attaque paraissait la plus vive ; ils étaient sûrs de l'y trouver. C'était le beau idéal du courage. »
- Édition Furne, 1845, vol.I, p.308
- Furne, vol. X, p.13
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