L'Ouysse (suite)
- Histoire de l'ouysse,
Les vallées de l'Ouysse et de l'Alzou sont des lieux de passage naturels,
entre le causse et la Dordogne.
Les hommes fréquentent ces lieux depuis au moins 50000 ans .
Les fouilles réalisées par Armand Viré dans la grotte Jouclas,
au centre de l'actuel village de Lacave,
ont mis au jour un grand nombre de traces,
laissée par les hommes du Paléolithique :
charbons, silex taillés, et os .
Pendant les périodes très froides du Solutréen,
ces chasseurs campaient dans des abris,
sous roche sur les rives de la Dordogne,
et chassaient de préférence les chevaux sauvages,
puis les rennes, les bouquetins, les loups,
les oiseaux et les rongeurs.
Les vallées de la Dordogne et de l'Ouysse,
avec ses passages resserrés entre la rivière et les falaises,
étaient leurs terrains de chasse.
D'après Armand Viré encore, au Magdalénien,
les hommes occupèrent des abris près du moulin de Valeilles,
et se nourrissaient principalement de poissons.
Les fouilles ont mis au jour de nombreuses arêtes,
des pointes de harpons, des matières colorantes,
une "gravure d'homme déguisé et dansant".
À l'abri Pagès, appelé aussi loge végétale de Caoulet,
situé près du moulin de Caoulet,
des galets ornés de gravures géométriques,
et recouverts d'ocre rouge montrent une occupation,
à une époque rattachée à la culture Azilienne .
Ces vestiges, découverts par André Niederlender,
sont visibles au musée du Pech Merle.
La loge actuellement visible à cet endroit,
restaurée en 2001 et 2002, pourrait ressembler,
à une habitation de nos ancêtres .
Sa structure est composée de chevrons,
de cinq à six mètres de long posés,
sur des traverses au sol et appuyés sur la falaise.
Ce sont des troncs de chênes bruts non écorcés.
Des liteaux, fabriqués à partir d'arbustes,
sont fixés horizontalement sur les chevrons.
La charpente est couverte de 400 fagots de sarments de vigne.
Sur le causse à Thémines, dans la grotte de Roucadour,
André Niederlender et ses successeurs ont trouvé,
de nombreuses gravures et traces qui attestent de leur présence .
Au Néolithique, le climat et l'habitat changent.
Armand Viré cite des restes de village en plein air,
et un dolmen servant de sépulture.
Ces vestiges étaient situés sur "la hauteur qui sépare,
la vallée de l'Ouysse au ravin des Conques,
au-dessus des Bertoux...
Ce lieu porte le nom de Peyre-Levade (Pierre levée)".
Une autre pratique consistait à placer les morts,
dans une cavité souterraine.
Armand Viré a trouvé onze squelettes,
dans une grotte du vallon de Combe Cullier.
En 1990, à la grotte de la Biscordine,
Marina Escola a étudié les squelettes,
de 36 adultes et 16 enfants de 3 à 17 ans.
Une datation par le carbone 14 a permis,
de les rattacher au Néolithique final (entre -3282 et -2900 ans).
Les gaulois qui habitaient les environs de l'Ouysse,
faisaient partie des Cadurques.
Armand Viré a trouvé de nombreuses traces,
sur la commune de Lacave.
Dans une grotte du Roc de Mandaval,
au-dessus du moulin de Cougnaguet,
il a trouvé des poterie gauloises de l'époque hallstattienne.
Les lieux occupés se situaient sur les hauteurs :
"Au-dessus du moulin de la treille et du Bourgnou,
une pointe de plateau a été transformée,
en une sorte de petite forteresse".
Les morts étaient recouverts de terre et de cailloux,
formant des tumulus dont le diamètre,
pouvait atteindre 20 mètres et la hauteur 2 mètres.
Au Moyen-Âge, le territoire est divisé en terroirs ou tènements,
qui ont chacun un possesseur noble ou suzerain.
Les écrits nous montre que l'agriculture,
n'était pas très importante au regard,
des ressources liées à la rivière,
et aux points hauts utilisés pour la surveillance.
Deux anciennes voies importantes (voies romaines),
franchissaient la Dordogne au pied du château de Belcastel.
En 930, le vicomte Adhémar, seigneur des Echelles,
dans son testament au profit,
de l'abbaye bénédictine Saint-Martin de Tulle,
mentionne le château surplombant l'Ouysse :
Castel-Bel (Castrum Bellum, Belcastel).
En 1087, Bertrand de Belcastel, sa femme Richarde,
son frère Guillaume et ses trois neveux donnent,
le "droit de pêche sur l'Ouysse (Oïssa),
avec cette réserve que les moines,
ne mettent pas d'hameçons au-dessus du moulin,
pour prendre les brochets, ...
Quand les saumons remonteront, ils fermeront les passages,
pour qu'ils ne puissent pas repasser".
En 1105, Le pape bénédictin Pascal II,
confirme comme possession de l'abbaye de Tulle,
la chapelle de Belcastel et les églises environnantes.
En 1154, Adrien IV confirme cette décision.
L'abbaye de Tulle peut jouir de ses possessions,
et procéder aux aménagements de l'Ouysse.
Les moines bénédictins de Saint-Martin de Tulle,
les cisterciens d'Aubazine et des Alix édifient dix moulins sur l'Ouysse,
des résurgences au confluent :
- le moulin de Cabouy semble avoir été construit au XIIe siècle.
- En 1215, il existait déjà, car Pons de Gourdon céda,
- des droits sur ce Moulin à l'abbaye de Tulle ;
- en 1164-1165, les cisterciens tentent d'aménager Saint-Sauveur,
- mais ils rencontrent des problèmes,
- qui les poussent à arrêter les travaux.
- en 1260, la propriété du moulin de Caoulet,
- est disputée entre les bénédictins de Tulle,
- et les cisterciens d'Aubazine.
- En 1264, Albert de Bormes, chevalier,
- fait donation à Messire Pierre, abbé de Tulle,
- "de certaines possessions sur les moulins de Cabouy,
- Caoulet et appartenance d'iceux" ;
- le moulin de Lapeyre est mentionné en 1159,
- dans un acte où Etienne Belzom (Belzomi),
- donne ses droits pour doter ses filles.
- Au XVe siècle, les cisterciens le vendent à un laïc.
- Moulin à foulon puis carderie au XVe siècle ;
- le cartulaire d'Aubazine, folio 136,
- signale qu'en 1177, il y avait un moulin,
- entre Lapeyre et Cougnaguet :
- le moulin de Tortuguier ou de Murat ;
- le moulin fortifié de Cougnaguet est lui,
- mentionné dans un acte de 1260,
- il aurait été construit entre 1200 et 1260 selon les uns,
- et de 1292 à 1350 selon d'autres,
- par des moines de l'abbaye cistercienne,
- de Saint-Étienne des Alix,
- (située sur la commune de Rocamadour) ;
- le moulin à trois meules tournantes,
- de La Treille est cité en 1249,
- il appartint à l'abbaye de Tulle puis,
- par transaction à celle d'Aubazine ;
- le moulin de Bourgnou est cité,
- dans un contrat du 4 mai 1447 entre Antoine de Bauze,
- seigneur de Belcastel et Géraud Bourgnou, auvergnat,
- venu de Chastel-Marlhac dans le cadre,
- du repeuplement de la région après la guerre de Cent Ans ;
- le moulin de Verdoire est reconstruit au XVe siècle,
- et apparenté en 1467 à Barthélemy Maillard ;
- le moulin fortifié de Valeille est peut-être cité,
- dans un acte du 22 mars 1087,
- mais cela pourrait être Verdoire.
- Il est ruiné au XVIIe siècle et reconstruit au XIXe siècle.
Un acte de 1164, du cartulaire de l'abbaye d'Aubazine,
établi sous l'abbé Robert, mentionne la famille de Mandaval.
Ils habitaient un château situé un peu en amont de Cougnaguet,
sur une plateforme rocheuse, en rive droite,
et surplombant l'Ouysse de 80 mètres.
Les cisterciens sont appauvris par la guerre de Cent Ans,
et doivent apparenter leurs moulins à des tenanciers.
Vingt-deux moulins sont recensés en amont de Thémines,
sur l'Ouysse et ses affluents, dans l'étude,
d'Édith Branche, Nicole Couffignac et Gérard Peyrot .
Les plus anciens ont été construits au XIIe siècle ou avant.
Le moulin de Vergnal-Haut est par exemple déjà mentionné,
dans les coutumes de Thémines de 1262,
celui de Solhols ou Tounayne dans l'acte de fondation,
de l'Hôpital-Beaulieu établi par les seigneurs,
Girbert et Aigline de Thémines.
Le plus récent, celui de Vergnal Bas fut édifié en 1858.
Ils sont actuellement tous désaffectés,
et souvent reconvertis en habitation.
Ceux situés près des pertes,
souvent noyés complètement par les crues, sont en ruine.
Certains moulins ont été victimes de leur localisation :
débit insuffisant dans les amonts ou pendant les période sèches,
crues ravageuses au voisinage des pertes de Thémines,
difficultés d'accès dans les endroits isolés ou escarpés.
Au XXe siècle, c'est l'environnement qui a évolué avec :
- l'amélioration du réseau routier et des moyens de transport ;
- de nouvelles source d'énergie ;
- l'exode rural ;
- les minoteries industrielles.
Les derniers moulins de l'Ouysse,
à l'amont comme à l'aval, ont arrêté de fonctionner entre 1947 et 1959 :
- Moulins de Verdoire et Valeille en 1947;
- Moulin Haut de Thémines en 1953;
- Moulin de Raffy en 1955;
- Moulin de Cougnaguet en 1959, mais en parfait état,
- de fonctionnement pour des démonstrations de mouture.
De 1922 à 1931, le Moulin-Haut fut équipé d'une dynamo,
pour l'éclairage électrique de la commune de Thémines.
Cette diversification fut stoppée par les problèmes,
liés à l'utilisation de courant continu,
et l'électrification de la région par la compagnie du Bourbonnais.
Le moulin de Cougnaguet est situé sur l'Ouysse,
en rive droite, à 1550 mètres en aval,
du pont de la D673 reliant Rocamadour à Calès.
Sa hauteur de chute est de 1,8 mètres.
Il aurait été construit entre 1200 et 1260,
selon le chanoine Edmond Albe, car un acte de 1260 le mentionnerait,
ce qui serait confirmé dans le Cahier du Mont Sainte-Marie "An 1260 :
Il y a compromis fait entre les seigneurs d'Obazine,
et les seigneurs de Tulle concernant les eaux,
des moulins de Cauniargues, Caulet, Murat...".
Selon d'autres sources, les moines de l'Abbaye cistercienne,
des Alix de Rocamadour auraient commencé,
les travaux en 1292 qui auraient duré jusqu'en 1350.
Le moulin fut fortifié au XVe siècle.
Les quatre arches de fuite étaient équipée de herses.
Il comporte toujours des meurtrières,
et sa seule porte se trouvait à l'aval du moulin.
L'accès se faisait par un passage à gué,
inondable par les défenseurs.
Des travaux effectués à la renaissance ont modifié,
les parties supérieures par percement de fenêtres dans les murs.
En 1444, appauvris après la guerre de Cent Ans,
les cisterciens d'Aubazine apparente le moulin à Pierre Laurencie.
En 1741, l'édifice était en mauvais état et fut vendu,
en entier, 200 livres à Guillaume Andin,
bourgeois de Rocamadour qui effectua des réparations.
Le moulin de Cougnaguet est aujourd'hui,
dans un état de conservation exceptionnel,
il est protégé au titre des monuments historiques,
Équipé de quatre grosses turbines à cuve,
(roues à augets) de 88 cm de diamètre,
il possédait quatre paires de meules à grain.
Il a fonctionné jusqu'en 1959 et il est actuellement ouvert à la visite.
Son propriétaire effectue des démonstrations de mouture,
et montre au public le fonctionnement de ses installations..
Le château de Belcastel se situe sur la commune de Lacave,
au confluent de l'Ouysse et la Dordogne.
Il est perché à l'angle et au bord de la falaise,
à 55 mètres environ au-dessus de l'eau.
Le château est constitué : d'un bâtiment d'habitation,
datant de la fin du XVIIIe siècle - début du XIXe siècle,
incluant un donjon du XVe siècle,
d'une chapelle mentionnée dans une charte de 1154,
(aujourd'hui de style XVe siècle).
Il est actuellement entouré d'une enceinte,
(mur bas) du côté des falaises, et, d'après Armand Viré,
un fossé profond, maintenant comblé, le protégeait du côté ouest.
En 930, le château était déjà cité dans le testament,
du vicomte Adhémar, seigneur des Echelles sous le vocable,
Une famille prit le nom du lieu : les seigneurs de Belcastel.
Légendes [
Plusieurs légendes ont pour contexte l'Ouysse.
Elle mettent en scène des meuniers,
des chevaliers, le diable, les dracs,
(lutins malicieux mi-homme, mi-diable),
et la liaison souterraine Thémines -
Cabouy et son moulin bâti par le diable.
- "La crosa del drac" (la grotte du diable) :
- de cette cavité, située à 300 mètres en amont,
- du moulin de Cougnaguet, il sort des bruits jugés surnaturels...
- "L'Ouysse souterraine" : Vivien, un jeune meunier travaille à Cabouy,
- il est séparée d'Agnès, sa promise, restée à Thémines.
- Ils communiquent grâce à des messages portés par les eaux souterraines....
- "La pauvre meunière" : même lieu, même scénario :
- Élise aime Piérounel, mais son père s'y oppose...
- (retranscrit par Paul Brunet de Thémines).
- "La légende du premier moulin" :
- Le diable s'oppose à la construction d'un moulin de Thémines.
- Le meunier rusé lui propose un pari...
- (retranscrit par Paul Brunet de Thémines).
- "La fée de la rivière Ouysse" :
- Le jeune chevalier des Arnis est maintenu prisonnier,
- dans la grotte d'une fée. Gayette,
- sa promise, fera tout pour le délivrer...
La vasque de Saint-Sauveur s'appelait la fontaine de Verve.
Ce serait le palais de Dame Alis,
sorte d'esprit à corps de femme,
et de nymphes,
les Alissontes ou Allissantes...
Aux alentours des résurgences, la ripisylve offre un contraste saisissant,
avec la végétation voisine des coteaux,
exposés au sud et brulés par le soleil.
À Cabouy, dans les endroits dégagés autour de la vasque,
de nombreux saules ont envahit les alluvions sablonneuses,
accumulées contre le barrage de retenue,
de l'ancien moulin.
Dans l'eau, des plantes aquatiques tapissent la vasque,
jusqu'à six mètres de profondeur dont des nénuphars,
dans les eaux peu profondes et le sol à l'étiage.
Des mousses se sont installées sur les blocs de la digue et les arbres.
Les alentours de la vasque sont occupés par,
une végétation exubérante composée d'arbustes :
érables champêtres et de Montpellier,
cornouillers mâles et sanguins, noisetiers et mûriers.
Sur un kilomètre, la vallée reliant Cabouy et Pouymessens,
est encaissée, humide et à l'abri du soleil.
Elle est bordée de falaises ou de talus formés,
de cailloutis fragmentés par les variations de température,
et le gel. Le sol est argilo-calcaire.
Au sol, on trouve des fougères, des mousses,
du lierres qui remontent jusque,
dans les rares grands chênes pubescents.
Les arbres les plus nombreux sont les charmes.
Les arbustes sont nombreux : des noisetiers en grand nombre,
des genévriers, des érables champêtres,
et de Montpellier, des Prunelliers, des Troènes.
On trouve aussi une plantation de pins.
Les coteaux ombragés sont colonisés,
par des forêts de chênes pubescents et des érables.
Par contre, les parties sud, fortement ensoleillées,
offrent un aspect caillouteux. On y trouve des pelouses sèches,
entretenues par les troupeaux de moutons.
Les arbres et arbustes y sont rabougris :
des érables de Montpellier, des chênes pubescents tordus,
des thérébinthes, des cornouillers mâles et sanguins.
Dans cette zone de prairie, les bords de la rivière,
sont occupés par de grands arbres : des frênes à croissance rapide,
des noisetiers, des aulnes glutineux et quelques saules.
Une station de tulipes sauvages a aussi été repérée,
à la confluence Cabouy / Saint-Sauveur.
Les falaises qui bordent l'Alzou accueillent des lierres et des fougères.
Dans les eaux de l'Ouysse, après les résurgences,
on rencontre des gardons, des brochets, des ombres et des anguilles.
- Les oiseaux : un chevalier guignette aperçu près du moulin de Caoulet,
- des faucons pèlerins, des grands hiboux ;
- Les insectes comme les papillons :
- le sylvain azuré en abondance,
- l'ascalaphe sur les pentes sèches,
- le damier de la succise,
- le grand cuivré ;
- Les salamandres vivent dans les endroits,
- ombragés et humides. Ce sont des animaux,
- crépusculaires et nocturnes ;
- Des couleuvres coronelles ;
- Des blaireaux, des ragondins,
- des renards qui habitent de petites cavités,
- à la base des parois rocheuses.
La vallée de l'Ouysse offre des cavernes à l'air libre,
et des gouffres et conduits noyés où survivent des animaux,
qui se sont adaptés à ce milieu hostile :
pas de lumière, de chaleur, peu de nourriture...
On trouve sous terre des vers annelés,
dans les dépôts récents apportés par la rivière souterraine,
et quelques espèces de sangsues dans l'eau.
Les mollusques aussi sont représentés par des moules,
et des gastéropodes aquatiques.
Les arthropodes sont nombreux avec :
- Des arachnides dans les entrées de grottes sèches :
- les meta minardi : araignées brunes de,
- 3 à 4 cm de diamètre avec les pattes,
- on peut remarquer des cocons blancs et soyeux,
- accrochés aux parois.
- Elles se nourrissent d'insectes rampant,
- et tissent des toiles simples ;
- des opilions appelés couramment faucheur ;
- des acariens qui parasitent les chauves-souris et les insectes.
- Des crustacés :
- les myriapodes appelés aussi mille-pattes ;
- les collemboles
- les insectes : des phryganes,
- (genre de papillon terne aux ailes en forme de toit),
- des triphosa dubitata (genre de papillon vivant à l'entrée des grottes,
- et se confondant par ses couleurs à la roche).
- des amphibiens comme le crapaud et la salamandre,
- se nourrissent d'invertébrés dans l'entrée des grottes ;
- Le mammifère le plus répandu est la chauve-souris.

******************************************