Nicolas 2 (suite 5)
- Le tsar Nicolas 2,
(suite 5)
Avant même son arrivée, le 21 juin 1918 Iakov Iourovski reçoit des instructions du Soviet de l’Oural concernant les préparatifs pour une prochaine exécution. Alarmé par l'avance de l’armée blanche, qui approche d’Iekaterinbourg, il reçoit bientôt ce message : Informé de la menace que font peser les bandits tchécoslovaques sur la rouge capitale de l’Oural et prenant en considération le fait que le bourreau couronné, en se dissimulant, pourrait échapper à la sentence du peuple, le Comité exécutif, exécutant la volonté du peuple, a décidé de fusiller le ci-devant tsar Nicolas Romanov, coupable d'innombrables crimes sanglants.
Au cours des jours suivants, Iakov Iourovski et son second, Piotr Ermakov, examinent les terrains du côté de Koptiaki, à dix-huit kilomètres de Iekaterinbourg, afin de trouver un endroit assez discret pour y enterrer les corps et garder secret le lieu de l’inhumation.
Début juillet, l'armée de Koltchak s'approche dangereusement de Iekaterinbourg, où sont enfermés Nicolas II et sa famille. Le Comité central du parti bolchevique, alors favorable à un procès public du dernier des Romanov, envoie à Iekaterinbourg Golechtchekine un bolchevik parfaitement sur [158] , pour ramener Nicolas II et sa famille à Moscou et organiser le procès. Le 12 juillet, les officiers de l'Armée rouge préviennent que la chute de la ville n'est plus qu'une question de jours. Lénine et une partie du Bureau Politique décident alors secrètement d'exécuter le tsar sans aucune autre forme de procès. Le 16 juillet, il reçoit de Iakov Sverdlov, à Moscou, l'autorisation d'abattre toute la famille. Celui-ci est fusillé avec toute sa famille dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918, à Iekaterinbourg, une semaine avant que celle-ci ne tombe aux mains des Blancs. Selon Marc Ferro, l'approche des armées blanches ne fournit que le prétexte pour appliquer une décision arrêtée en fait de longue date. Les Blancs accueillent la mort de la famille impériale avec assez d'indifférence .
L’exécution a lieu dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 dans l'une des pièces du sous-sol de la maison Ipatiev. Toute la famille impériale est rassemblée en pleine nuit . . Le groupe entre et, en riant, l'un d'eux dit au tsar: " N'ayez peur Votre Majesté, nous ne faisons que vous exécuter!" Puis, les premières balles tuèrent sur le coup le tsar, sa femme, son fils et leurs serviteurs. Les autres balles avaient ricoché sur les colliers en diamants des filles du Tsar. Le groupe s'approcha d'elles et les exécuta d'une balle au visage. Puis, tous les corps furent achevés à coup de hache et de baïonnette." . Ce témoignage toutefois mérite une précision, les colliers en diamants sont volés ou mis sous scellés par la Tchéka depuis longtemps. Les victimes sont au nombre de onze : Nicolas II, sa femme Alexandra Fedorovna, ses quatre filles Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, son fils Alexis, le médecin de la famille Ievgueni Botkine, la femme de chambre Anna Demidova, le valet de chambre Alekseï Trupp et le cuisinier Ivan Kharitonov. Selon le récit du chef du détachement des tueurs Iakov Iourovski, le tsarévitch malade, porté son père, est achevé sauvagement . Une vidéo reconstituant le massacre du Tsar et de sa famille permet de mieux comprendre le déroulement des événements.
Aussitôt l’exécution terminée, les corps sont chargés dans un camion et emmenés à un ancien puits de mine, dans un bois de Koptiaki, où ils sont jetés après avoir été dépouillés de leurs vêtements et de leurs bijoux. Iakov Iourovski s'avise vite cependant que les Blancs ne tarderont pas à les retrouver. La nuit suivante, aidé d'un autre commando, il repêche les cadavres et les emmène plus loin dans la forêt. À un moment, le camion s'enlise définitivement dans le sentier et il décide de les enterrer sur place. Après avoir fait brûler deux corps, les hommes de Iakov Iourovski préparent une fosse commune pour les autres. Ils y installent les corps, les aspergent d’acide sulfurique pour empêcher leur identification s’ils étaient retrouvés, puis remplissent la fosse en plaçant, par dessus, des traverses de chemin de fer .
Deux jours plus tard, Iakov Iourovski part pour Moscou, emmenant avec lui les biens des Romanov. Il est également chargé de convoyer jusqu’à la capitale l’or des banques de l’Oural.
La destruction totale des restes a pour but d’éviter qu’ils ne deviennent des reliques et de permettre à des pseudo-historiens et des escrocs de nier le massacre ou surtout de faire croire à l’existence de survivants . Iakov Sverdlov fait biffer la mention concernant la famille sur un tract annonçant le massacre. À Trotski, qui avait soutenu l’idée d’un procès, Iakov Sverdlov répond froidement : Nous l’avons décidé ici. Illitch [Lénine] était convaincu que nous ne pouvions laisser aux Blancs un symbole auquel se rallier . Lénine de son côté nie qu’il est pour quelque chose dans le meurtre des enfants de Nicolas et des membres de sa famille.
Après la reprise de la ville d'Iekaterinbourg par la légion tchèque , les pièces de la villa où ont eu lieu le massacre sont placés sous scellés et le général tchécoslovaque Radola Gajda installe son état-major à l'étage. Son bureau personnel se trouve alors dans la pièce qui avait été affectée au tsar et à la tsarine . Le 7 février 1919, l'amiral Koltchak, chef des armées blanches, confie l'enquête à Nicolas Sokoloff et Mikhaïl Dieterichs sur la mort Nicolas II de Russie et sa famille. Le juge Nicolas Sokoloff découvre dans un puits de mine, dont parlent aussi les bourreaux, des vêtements et des objets personnels, dont six buscs de corsets de femme, appartenant aux six victimes féminines
Le sort de la famille impériale reste pendant longtemps sujet à controverses : si le juge Nicolas Sokolov, dépêché par l'amiral Koltchak, conclut immédiatement au massacre collectif et à l'incinération des corps, diverses personnes - s'appuyant en cela sur des rumeurs répandues dans la région d'Iekaterinbourg - contestent ses conclusions. Le mythe de l’immense fortune impériale dormant dans des coffres étrangers fait fantasmer des journalistes qui écrivent des ouvrages dénués de sérieux .
Ainsi Marina Gray, fille du général Denikine, tente de démontrer la survie d'une partie de la famille impériale.
D'après Anthony Summers et Tom Mangold, les femmes de la famille ne sont pas exécutées le 17 juillet, mais évacuées vers Perm. En effet, leur qualité de princesses allemandes font d'elles une monnaie d'échange avec l'ennemi. Ils écrivent que des terroristes bolchéviques sont encore emprisonnés en Allemagne et parlent d’échanges.
Et puis, sous la controverse principalement alimentée par l'affaire Anna Anderson... Le 17 février 1920, un Allemand repêche, dans un canal de Berlin, une jeune femme qui venait de s'y jeter. Refusant de parler, elle est internée dans un asile d'aliénés où elle finit par déclarer qu’elle est la grande-duchesse Anastasia, dernière fille de Nicolas II. Connue sous les noms successifs de Anna Tchaïkovski, puis Anna Anderson, elle est au centre d'une longue énigme largement médiatisée, ponctuée de nombreux procès intentés à la famille impériale Romanov afin de se faire reconnaître comme Anastasia. Elle est définitivement déboutée par la Cour de cassation de Karlsruhe, le 17 février 1970. Mariée au médecin américain John Manahan, elle mourut le 12 février 1984 à Charlottesville, aux États-Unis.
Anna Anderson, deux ans après le massacre, ne parle ni russe, la langue maternelle d’Anastasia, ni anglais, ni français, langues que la princesse parlait assez bien. Elle ne parle qu’allemand, langue qu’Anastasia n’a jamais voulu apprendre. Des photos avec une bonne définition montrent que son nez est plutôt long, gros et un peu en trompette, alors qu’Anastasia avait un joli petit nez très droit. Il en est de même de ses oreilles totalement différentes de celles de l’usurpatrice de son identité. Et ses lèvres sont elles aussi différentes de son modèle. Certes, elle fait des manières et essaie de copier la signature de la princesse. Elle n’est pas reconnue par les anciens serviteurs et précepteurs de la princesse ou par les membres de sa famille, excepté quelques rares personnes intéressées ou ne l’ayant pratiquement jamais vue . Cependant, des analyses ADN démontrent qu'Anna Anderson ne peut pas être la grande-duchesse Anastasia Nikolaïevna de Russie, ni même un membre de la famille impériale de Russie
En 1990, les corps de la famille impériale sont retrouvés et exhumés, puis identifiés par une analyse ADN. Deux corps manquent pendant un temps, celui du tsarévitch Alexis Nikolaïevitch, 13 ans, et celui de l'une des filles, Maria: d'après le rapport de Yourovsky, qui dirige l'exécution en 1918, ces deux corps ont été brûlés.
Le 17 juillet 1998, Nicolas II est inhumé avec sa famille (sauf les deux corps non retrouvés) dans la Cathédrale Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, ainsi que le docteur Ievgueni Botkine, médecin de la famille impériale, et leurs domestiques : Anna Demidova, Ivan Kharitonov et Alekseï Trupp. Ils sont inhumés en présence de plus de cinquante membres de la famille Romanov et de leurs proches parents, en particulier le grand duc Nicolas Romanovitch de Russie, chef de la maison impériale de Russie.
Sont également présents aux funérailles de Nicolas II de Russie : Constantin Melnik (petit-fils du docteur Ievgueni Botkine), H. Kharitonov (petit-fils du cuisinier Ivan Kharinotov), Natalia Demidova (petite-nièce de la femme de chambre Anna Demidova).
En 2007, les corps auparavant introuvables des deux enfants du dernier tsar, Maria Nikolaïevna, 19 ans et Alexis Nikolaïevitch, 13 ans, semblent avoir été retrouvés dans une forêt de l'Oural . Le 25 juin 2008, les tests ADN menés par une équipe de scientifiques russes démontrent que les ossements sont bien ceux de l'héritier du tsar Nicolas II et de l'une de ses filles.
Le 30 avril 2008, Édouard Rossel, gouverneur de l'oblast de Sverdlovsk, déclare « Le plus grand laboratoire génétique des États-Unis a confirmé leur identité, les corps retrouvés en août 2007, sont bien les corps des deux enfants du tsar Nicolas II, la princesse Maria et le tsarévitch Alexis [...] Nous avons à présent retrouvé la famille au grand complet. » Cette confirmation pourrait mettre un terme à l'histoire tourmentée de la famille impériale de Russie et obliger certains tsaristes à renoncer à leurs spéculations concernant la survie de deux enfants de Nicolas II à ce massacre.
De gauche à droite: les grandes-duchesses Maria, Tatiana, Anastasia, Olga et le tsarévitch Alexeï en 1910.
Le 14 août 2000, Nicolas II et sa famille sont canonisés par l'Église orthodoxe de Russie, qui les considère comme morts martyrs, il est également inscrit dans le martyrologe de l'Église orthodoxe russe.
Saint-tsar Nicolas est vénéré le 17 juillet, le lieu de pèlerinage est situé à Iekaterinbourg en l'église nouvellement bâtie sur le lieu où furent massacrés Nicolas II de Russie et sa famille en 1918.
Après plusieurs rejets de la plainte et des appels déposés par l'avocat de la duchesse, Maria Vladimirovna de Russie, chef de la maison impériale, la Cour suprême de Russie avait statué en novembre 2007 que Nicolas II et sa famille ne pouvaient pas être réhabilités, arguant de l'absence du verdict émis par les bolcheviks qui avaient condamné à mort la famille impériale .
Mais, en octobre 2008, le Présidium de la Cour Suprême a reconnu les répressions contre le tsar Nicolas et sa famille comme injustifiées et a décidé de les réhabiliter. 90 ans après leur exécution sommaire, la justice russe reconnaît que le dernier tsar de Russie et sa famille ont été victimes du bolchevisme .
Le président en exercice de la Douma d'État de Russie depuis 2003, la chambre basse du parlement russe, Boris Gryzlov, a condamné le 7 juin 2008 le massacre de la famille impériale en 1918, qualifiant cet évènement de crime du bolchévisme
Cousins germains par leurs mères, Nicolas II de Russie et son cousin George V du Royaume-Uni se ressemblaient à un tel point qu'ils étaient souvent confondus l'un avec l'autre. À noter que Michael de Kent ressemble également beaucoup à Nicolas II de Russie.
Ainsi, au lendemain de la Révolution russe et de l'exécution de la famille impériale, un jour que le roi Georges V parut dans la pièce où se trouvait la grande-duchesse Xenia Alexandrovna, sœur de Nicolas II, entourée de ses serviteurs, ces derniers se méprirent sur l'identité de la personne, ils se jetèrent aux pieds du souverain britannique croyant que Nicolas II de Russie était ressuscité.
Nicolas II de Russie appartient à la première branche de la Maison d'Oldenbourg-Russie (Holstein-Gottorp-Romanov), issue de la première branche de la Maison d'Holstein-Gottorp, elle-même issue de la première branche de la Maison d'Oldenbourg.