Connaître le Cheval

Publié le par Franck

Chevaux légendaires du Pas-de-Calais
Ech goblin d'après un dessin au crayon retouché sous GIMP

Les chevaux légendaires du Pas-de-Calais sont mentionnés dans le folklore de l'Artois, du Ternois et du Boulonnais comme des animaux fabuleux et diaboliques de couleur blanche. La blanque jument apparaissait, dit-on, à la tombée du jour ou au milieu de la nuit pour tromper les enfants et les hommes. Elle tentait ces derniers pour la monter et son dos pouvait s'allonger pour accueillir, en général, jusqu'à sept cavaliers. Dès qu'ils étaient bien installés sur son dos, elle les entraînait dans des pièges ou les jetait à l'eau. Cet animal est mentionné sous le même nom à Samer

Légendes  

Les chevaux maléfiques du Pas-de-Calais sont toujours d'apparence blanche, et se manifestent la nuit

Ces animaux ont plusieurs points communs, tels que leur couleur blême, leur symbolique négative, leur dos qui s'allonge et le fait qu'ils finissent par se débarrasser de leurs cavaliers, généralement en les jetant à l'eau.

Blanque jument du Boulonnais et de Samer  
Article connexe : Samer.

Selon Bernard Coussée et la société de mythologie française, la blanque jument est un animal fabuleux qui apparaît pendant les nuits de pleine Lune dans la région du Boulonnais. Son dos peut s'allonger pour permettre à sept cavaliers de s'y asseoir mais l'animal finit toujours par s'en débarrasser dans l'eau. Cette légende est également fréquente en Artois, et particulièrement dans le Ternois  .

Le cheval boulonnais est en outre une race de cheval de trait bien réelle et propre à la région, portant une robe gris clair souvent perçue comme blanche  , mais on ignore s'il existe le moindre lien entre cette race de chevaux et les légendes mettant en scène des chevaux blancs.

La blanque jument est mentionnée en détail dans la lettre d'un médecin, M. Vaidy, destinée à M. Eloi Johanneau, le 4 juin 1805 à Samer. Elle a été consignée par l'Académie celtique :

« Enfin, mon cher ami, je suis allé visiter les Tombelles, guidé par une paysanne qui m'a dit, sans que je le lui demandasse, que ce lieu était le cimetière d'une armée étrangère qui avait occupé les environs de Questreque, il y a bien longtemps. Cette ancienne sépulture est aujourd'hui un petit terrain communal, situé à une demi-lieue sud de Samer, et trois-quarts de lieue sud-ouest de Questreque, dans une plaine aride, au pied du mont de Blanque-Jument (...) Le mont de Blanque-Jument, suivant la tradition des habitants de Samer, est ainsi nommé, parce qu'on voyait autrefois sur son sommet une jument blanche, d'une beauté parfaite, qui n'appartenait à aucun maître, et qui s'approchait familièrement des passants et leur présentait sa croupe à monter. Tous les gens sages se gardèrent bien de céder à une pareille séduction. Mais un incrédule ayant eu, un jour, la témérité de monter la blanque-jument, il fut aussitôt terrassé et écrasé. Depuis ce temps, la jument ou plutôt l'esprit qui avait pris cette forme, n'a plus reparu. »

— Mémoires de l'Académie celtique 


Cette histoire est reprise de la même façon par Paul Sébillot dans son ouvrage Le folklore de France   et mentionnée rapidement par Henri Dontenville, membre de la société de mythologie française  . Le lieu dit « de Blanque jument » est situé au sud de Samer, près du Breuil.

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Ech Goblin, qu'vau blanc ou ch'gvo blanc de Saint-Pol-sur-Ternoise 
Ech goblin, sous la forme d'un cheval blanc portant un collier à clochettes autour du cou. Dessin au crayon

Ech goblin, également connu sous le nom de qu'vau blanc ou ch'gvo blanc, est une créature très proche de la blanque jument, mentionnée au XIXe siècle comme étant un genre de lutin, et plus précisément un gobelin capable de prendre la forme d'un mammifère fantastique possédant un long pelage blanc, et portant autour du cou un collier garni de clochettes. Le son mélodieux de celles-ci pousse les gens et surtout les enfants à chevaucher l'animal dès qu'ils l'entendent. Le dos d'ech goblin s'allonge au fur et à mesure que des personnes l'enfourchent. Lorsqu'il en porte suffisamment, il court à toute vitesse vers la rivière la plus proche pour y noyer ses cavaliers. Le soir, cette créature se cachait dans des carrières ou des excavations le long de routes qui menaient vers la forêt.

Ech goblin était évoqué pour effrayer les enfants désobéissants, auxquels on disait« Gare a ti, v'lo ch'goblin », essentiellement dans la région de Saint-Pol-sur-Ternoise, près de Béthune.

Ech goblin était aussi le nom donné dans la région à la voiture des ramasseurs de boues, à laquelle était attelé un cheval ou un âne muni de grelots.

Ch'blanc qu'vo de Maisnil 
Article connexe : Maisnil.

Ch'blanc qu'vo est mentionné par l'elficologue Pierre Dubois dans son Encyclopédie des fées comme un cheval fabuleux propre à Maisnil, dont la crinière est garnie de grelots. Mlle Leroy rapporte dans l'ouvrage d'Henri Dontenville, La France mythologique, que selon un folkloriste artésien, ch 'blanc qu'vo se confond avec ech goblin « dont on menaçait les enfants insupportables ».

Âne gris ou cheval blanc de Vaudricourt 
Article connexe : Vaudricourt (Pas-de-Calais).

Deux créatures similaires sont mentionnées à Vaudricourt, l'une comme un âne gris et l'autre comme un cheval blanc.

Claude Seignolle parle dans ses Évangiles du Diable d'un âne gris qui apparut sur la place de Vaudricourt pendant la messe de minuit et se laissa docilement chevaucher par les enfants qui fuyaient l'église, tout en allongeant son dos pour que vingt d'entre eux puissent s'y placer. Lorsque la messe s'acheva, il s'élança à toute vitesse et plongea dans un abreuvoir où toutes ses victimes furent noyées. Depuis, ce cheval réapparaît à chaque nuit de Noël en portant les enfants damnés, fait le tour du village, rejoint son point de départ à minuit et rentre dans l'abreuvoir dont il est sorti.

Pierre Dubois mentionne la même histoire dans son Encyclopédie des fées, mais il s'agit cette fois d'un « magnifique cheval blanc » qui noie ses jeunes cavaliers dans une mare sans fond, et disparaît dans un gouffre après chacune de ses réapparitions le jour de Noël.

Origine et symbolique 

Le cheval Bayard, issu des chansons de gestes et du folklore ardennais, possède lui aussi une échine extensible
Article connexe : Symbolique du cheval.

La blanque jument et ses équivalents dans l'ouest du Pas-de-Calais présentent des caractéristiques très similaires à celles d'autres chevaux fabuleux du folklore populaire, français et allemand notamment. L'origine exacte de la légende n'est pas connue, mais dès l'époque romaine, Tacite évoquait des chevaux blancs dans des bocages sacrés, qui fascinaient les populations. Ces chevaux fabuleux pourraient être issus du souvenir des sacrifices rituels de chevaux pratiqués par les Gaulois, qui les effectuaient le plus souvent dans l'eau, comme « offrande aux puissances des éléments » ou en l'honneur du Soleil. Enfin, quelques éléments sont à rapprocher de la légende du cheval Bayard, que Charlemagne tenta de noyer en lui attachant une meule autour du cou. Bayard présente la particularité d'avoir une échine qui s'allonge pour porter les quatre frères Aymon, tout comme la blanque jument. Cette particularité de la blanque jument dans les légendes serait selon Bernard Coussée un ajout postérieur influencé par d'autres légendes, puisque des histoires à propos de chevaux blancs qui noyaient les imprudents circulaient dans le Pas-de-Calais depuis longtemps, et qu'elles avaient pour fonction d'éloigner les enfants des zones dangereuses en les effrayant.

Le Dictionnaire des symboles cite un grand nombre de « chevaux néfastes, complices des eaux tourbillonnantes ».

Il existe beaucoup d'autres chevaux dans le folklore français dotés d'une croupe et d'un dos extensibles ou d'un lien avec l'eau, comme le mentionne l'elficologue Pierre Dubois dans son encyclopédie des fées en citant le cheval Mallet, Bayard (l'un des rares qui ne soit pas mentionné comme maléfique), le cheval de Guernesey, ou encore celui de l'Albret, aux côtés de la blanque jument. La plupart de ces « chevaux-fée » finissent par noyer leurs cavaliers après les avoir tentés de les enfourcher. Pierre Dubois dit que « ces animaux sont issus des Pégases et des Licornes, s'ils sont devenus farouches, c'est que les hommes n'ont pas su les apprivoiser  ». L'histoire est d'ailleurs souvent très similaire, et met en scène un beau cheval blême apparaissant au milieu de la nuit, qui se laisse gentiment chevaucher, avant d'échapper au contrôle de son ou de ses cavaliers. L'un des moyens de s'en débarrasser est d'effectuer un signe de la croix, ou de réciter trois Notre Père.

Couleur blanche 
Article connexe : Cheval blanc (mythologie).

La couleur blanche « lunaire » de ces animaux est celle des chevaux maudits. Plusieurs ouvrages, comme le Dictionnaire des symboles, s'attachent à cette couleur des chevaux « blêmes et pâles », dont la signification est l'inverse des chevaux blancs ouraniens, comme le Pégase. Il s'agit d'animaux à la blancheur « nocturne, lunaire, froide et vide ». Comme un suaire ou un fantôme, ils évoquent le deuil, tout comme la monture blanche de l'un des quatre cavaliers de l'Apocalypse annonce la mort. Henri Gougaud attribue la même symbolique à la blanque jument, « nocturne, livide comme les brumes, les fantômes, les suaires ». Il s'agit d'une inversion de la symbolique habituelle à la couleur blanche, une « apparence trompeuse » et une « confusion des genres ». Une étude réalisée en 1995 y voit aussi un archétype des chevaux de la mort, la blanque jument a ainsi la même symbolique que le Schimmel Reiter allemand, un animal-symbole de la catastrophe marine qui rompait les digues pendant les tempêtes, et dont elle est un « proche parent » négatif et sinistre.

En Angleterre et en Allemagne, rencontrer un cheval blanc est signe de mauvais augure ou de mort.

Nature et fonction 
Illustration d'un gobelin

Ces créatures équines du Pas-de-Calais sont toutes plus ou moins assimilées à la transformation d'un esprit, d'un lutin ou du Diable lui-même. L'Académie celtique assure que la blanque jument du Boulonnais est la manifestation d'un esprit et Claude Seignolle assimile l'âne gris de Vaudricourt à une transformation du Diable en animal. Édouard Brasey fait de la blanque jument et du Schimmel Reiter des esprits follets ou des croque-mitaines chargés d'effrayer les enfants désobéissants, par opposition au cheval Mallet qui est selon lui une forme du Diable lui-même. Ech Goblin était assimilé à un gobelin, c'est-à-dire une sorte de lutin qui se transformait pour effrayer les enfants. Ch'qu'vau blanc était ce même gobelin, qui prenait la forme d'un animal blanc.

Une étude consacrée aux changelins fait remarquer qu'« au bord de l'eau, les silhouettes du lutin et du cheval tendent à se confondre » et selon une autre étude sur le nain au Moyen Âge, il existerait entre les lutins et les chevaux fantastiques (ou chevaux-fées) des liens très étroits car, dans les chansons de gestes comme dans le folklore plus moderne, lorsque le petit peuple adopte une forme animale, c'est le plus souvent celle d'un cheval. L'auteur japonais Yanagida y voit une transformation rituelle du cheval dans l'élément liquide, et note que dès le néolithique, les génies des eaux sont en rapport avec les équidés.

Un recueil de contes affirme qu'une monture avec trois cavaliers ou plus sur un dos qui s'allonge est un cheval Mallet, une forme du Diable qui ne peut être combattue qu'avec un signe de la croix, et en refusant de la monter

 

 

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Publié dans Histoires et blagues

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