L'Arche de Noé

Publié le par Franck

Arche de Noé
- Première partie
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La construction de l'arche de Noé est représentée ici par un peintre français non identifié, vers 1675

L'arche de Noé, d'après la Bible, est un grand bateau construit sur l'ordre de Dieu afin de sauver Noé, sa famille et toutes les espèces animales d'un Déluge sur le point d'arriver. L'histoire figure dans le livre de la Genèse, du chapitre 6 au chapitre 9, correspondant à la Parasha "Noah".

Selon l'hypothèse documentaire, cette partie de la Genèse se fonde sur deux sources anciennes quasiment indépendantes l'une de l'autre, et n'a atteint sa forme définitive que vers le Ve siècle av. J.-C.. Ce processus de consolidation graduelle permettrait d'expliquer les confusions et les répétitions du texte. Certains fondamentalistes bibliques, qui rejettent cette analyse, tiennent l'histoire de l'arche pour véritable, affirmant qu'elle n'a qu'un seul et unique auteur et que toute incohérence apparente peut s'expliquer rationnellement. Les plus convaincus ont tiré de cette posture une série de déductions très variées sur la taille du bateau, son matériau de construction ou encore la date précise du Déluge.

Le récit biblique de l'arche de Noé présente des similitudes avec un mythe mésopotamien décrit dans le Poème du Supersage datant du XVIIe siècle av. J.-C., dans la légende de Ziusudra qui pourrait elle aussi dater de la fin du XVIIe siècle av. J.-C., puis repris au XIIe siècle av. J.-C. au plus tard dans la version assyro-babylonienne "standard" de l'Epopée de Gilgamesh, mythe qui raconte comment un Sage appelé Atra-hasis, Ziusudra ou Uta-Napishtim selon les différentes versions du mythe, fut invité par le dieu Enki/Ea à construire un navire, dans lequel il pourrait échapper au déluge envoyé par l'assemblée des grands dieux. D'autres versions, d'une ressemblance plus approximative, peuvent se retrouver dans de nombreuses cultures à travers le monde. L'histoire de l'arche a fait l'objet par les religions abrahamiques d'interprétations abondantes, mêlant raisonnements théoriques, problèmes pratiques et considérations allégoriques : les commentateurs, ainsi, pouvaient aussi bien se poser la question de la gestion du fumier que celle de l'arche comme première incarnation d'une Église offrant le salut à l'humanité.

Dès le début du XVIIIe siècle, le développement de la biogéographie en tant que science naturelle réduisit progressivement le nombre de personnes prêtes à soutenir une interprétation littérale de l'aventure de Noé. Les fondamentalistes bibliques, cependant, continuent à parcourir la région du mont Ararat au nord-est de la Turquie, là où la Bible  dit que l'arche de Noé se serait échouée à la fin de son périple.


Récit 

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Cette œuvre du peintre américain Edward Hicks représente la montée à bord des couples d'animaux (1846)

L'histoire de l'arche de Noé, d'après les chapitres 6 à 9 du livre de la Genèse, commence lorsque Dieu observe la méchanceté et la perversité des hommes, et décide de faire tomber un Déluge sur la terre pour y détruire toute vie, « depuis l'homme, jusqu'aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce aux yeux de Dieu, car il apparaît « juste, intègre parmi ses contemporains et il marchait avec Dieu ». Il est choisi, dans ces conditions, pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche et rentre dans des spécifications très précises :

« Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu l'enduiras de bitume en dedans et en dehors. Voici comment tu la feras : trois cents coudées pour la longueur de l'arche, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur. Tu feras à l'arche un toit et tu l'achèveras une coudée plus haute, tu placeras l'entrée de l'arche sur le côté et tu feras un premier, un second et un troisième étages. »

Ces mesures correspondent à une grande barge sans mât, d'environ 137 mètres de long, 26 mètres de large et 16 mètres de haut. Dans le passage suivant, Dieu dit à Noé d'engranger des vivres dans l'embarcation, puis d'emmener avec lui sa femme, ses fils Sem, Cham et Japhet ainsi que les épouses de ces derniers, sans oublier des spécimens de toutes les espèces animales existantes :

« Entre dans l'arche, toi et toute ta famille, car je t'ai vu seul juste à mes yeux parmi cette génération. De tous les animaux purs, tu prendras sept paires, le mâle et sa femelle; des animaux qui ne sont pas purs, tu prendras un couple, le mâle et sa femelle et aussi des oiseaux du ciel, sept paires, le mâle et sa femelle, pour perpétuer la race sur toute la terre. Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j'effacerai de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits. »
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Peinture d'une église luthérienne près de Bamberg, en Haute-Franconie : à l'arrivée des eaux, seuls les êtres vivants réfugiés sur l'arche de Noé purent survivre, et tous les autres trouvèrent la mort. (Genèse 7:21)

Une fois l'arche terminée, Noé monta à bord avec toute sa famille et les animaux, et « ce jour-là jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s'ouvrirent ». La pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes, qu'elles dépassèrent de plus de quinze coudées. Toutes les créatures vivantes s'éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre.

Finalement, au bout d'environ 220 jours de navigation, l'arche vint s'échouer sur les monts d'Ararat, et les eaux refluèrent encore quarante autres journées avant qu'apparaissent les sommets des montagnes. Noé décida alors d'envoyer en éclaireur un corbeau, « qui alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre ». Noé fit ensuite sortir la colombe, laquelle ne trouva aucun endroit dégagé des eaux où poser ses pattes et revint auprès de lui. La tentative fut renouvelée après sept autres jours, et cette fois la colombe revint avec « dans le bec un rameau tout frais d'olivier », ce qui apprit à Noé que le niveau des eaux avait enfin diminué. Il lâcha la colombe une nouvelle fois après une semaine, et l'oiseau ne revint cette fois plus du tout. Ce signal annonçait la fin de l'épreuve :

« Alors Dieu parla ainsi à Noé : « Sors de l'arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. Tous les animaux qui sont avec toi, tout ce qui est chair, oiseaux, bestiaux et tout ce qui rampe sur la terre, fais-les sortir avec toi : qu'ils pullulent sur la terre, qu'ils soient féconds et multiplient sur la terre. » Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils ; et toutes les bêtes (...) sortirent de l'arche, une espèce après l'autre. »

Noé fit ensuite de nombreux sacrifices à Dieu sur un autel qu'il édifia pour l'occasion. Satisfait de ce comportement, Dieu se résolut pour sa part à ne plus jamais maudire la terre à cause de l'homme, et à ne plus jamais détruire toute vie de cette manière. En signe de cette promesse, Dieu mit un arc-en-ciel dans les nuages et déclara que « lorsque j'assemblerai les nuées sur la terre et que l'arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l'alliance qu'il y a entre moi et vous et tous les êtres vivants ».

L'hypothèse documentaire appliquée au récit de l'arche 

Les 87 versets de l'histoire de l'arche laissent parfois une impression de confusion : pourquoi le récit précise-t-il à deux reprises que l'humanité s'était corrompue mais que Noé devait être sauvé ? Noé reçut-il l'ordre d'emmener un couple de chaque animal pur dans l'arche ou bien sept ? La crue dura-t-elle quarante ou cent cinquante jours ? Qu'arriva-t-il précisément au corbeau qui quitta l'arche en même temps que la colombe et « alla et vint en attendant que les eaux aient séché sur la terre », près de deux à trois semaines plus tard ? Le récit, de plus, semble comporter deux dénouements logiques distincts. Ce type de questions, dans la Bible, n'est pas exclusif de l'histoire de l'arche ou même du livre de la Genèse dans son ensemble, et les tentatives pour y répondre ont mené à l'émergence d'une école de pensée dominante sur l'analyse textuelle des cinq premiers livres de la Bible, celle de l'hypothèse documentaire.

Selon cette hypothèse, les cinq livres du Pentateuque — la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome — furent rédigés ensemble au Ve siècle av. J.-C. à partir de quatre sources indépendantes. On estime que le récit de l'arche, pour sa part, trouve son origine dans deux d'entre-elles, le document sacerdotal (P) et le document jahviste (J). La source jahviste est la plus ancienne des deux : elle fut vraisemblablement rédigée au royaume de Juda, à partir de textes et de traditions encore plus lointaines, et aurait vu le jour peu après la séparation des deux royaumes de Juda et d'Israël, vers l'an 920 av. J.-C. Le récit jahviste est de facture plus simple que la version sacerdotale : Dieu envoie les eaux pendant quarante jours. Noé, sa famille et les animaux sont sauvés (sept couples de chaque animal pur, ou peut-être simplement sept animaux purs, le texte hébreu étant ambigu sur ce point). Noé construit ensuite un autel et procède à des sacrifices, puis Dieu s'engage à ne plus tuer ainsi tout être vivant. Le document jahviste ne fait cependant aucune mention d'une alliance passée entre Dieu et Noé.

Le texte sacerdotal semble avoir été élaboré à une époque comprise entre la chute du royaume d'Israël au nord, en -722, et celle du royaume de Juda au sud en -586. Les éléments du document sacerdotal sont beaucoup plus détaillés que ceux de la version jahviste, avec par exemple les instructions pour la construction de l'arche et une chronologie précise. Surtout, il donne au récit sa véritable dimension théologique en ajoutant le passage sur l'alliance entre Dieu et Noé au chapitre 9 et en faisant la toute première mention dans la Bible du rituel sacrificiel juif, ces deux éléments constituant la contrepartie logique du serment de Dieu de ne plus détruire la terre. C'est également à la source sacerdotale que l'on doit le corbeau (le texte jahviste contenant pour sa part la colombe), l'arc-en-ciel, ainsi que l'évocation des « sources du grand abîme et [des] écluses du ciel », le document jahviste se contentant de dire qu'il a plu. Tout comme la source jahviste, l'auteur du texte sacerdotal a dû avoir accès à des textes et à des traditions plus anciennes, aujourd'hui perdues.

La colère de Dieu face à la corruption des hommes, sa décision de se livrer à une terrible vengeance et ses regrets ultérieurs sont autant de thèmes typiques de l'auteur ou des auteurs jahvistes, qui traitent Dieu comme une entité humaine apparaissant en personne dans le récit biblique. Le document sacerdotal, à l'inverse, tend à présenter un Dieu distant et inaccessible, si ce n'est par l'entremise des prêtres aaronites. Ainsi, par exemple, le texte jahviste annonce le sacrifice de sept de chacun des animaux purs (conformément à la tradition biblique), tandis que le texte sacerdotal réduit ce nombre à un seul couple, étant donné qu'aucun sacrifice ne saurait être effectué selon les règles sacerdotales avant que n'advienne le premier prêtre, Aaron, du temps de l'Exode.

L'arche et le littéralisme biblique 

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Le Retour de la colombe sur l'arche (The Return of the Dove to the Ark)
John Everett Millais, (1851)

Certains juifs orthodoxes et chrétiens fondamentalistes croient que la Bible, en tant que parole de Dieu, ne saurait contenir aucune erreur. Le cas échéant, elle doit être interprétée selon la méthode historico-grammaticale, qui consiste à replacer le texte dans son contexte lorsque le sens d'un passage fait problème. Les fondamentalistes tendent aussi à rester fidèle aux hypothèses anciennes entourant la création de la Bible. En vertu de cette herméneutique, ils acceptent donc généralement la tradition juive selon laquelle le récit de l'arche, dans la Genèse, aurait été écrit par Moïse lui-même. Mais il leur est plus difficile de s'accorder sur l'époque précise où ce dernier aurait vécu, et donc sur la date de composition du texte : diverses possibilités ont été avancées, allant du XVIe à la fin du XIIIe siècle av. J.-C.

En ce qui concerne la date du Déluge, les fondamentalistes se fondent sur une interprétation des généalogies figurant aux chapitres 5 et 11 de la Genèse. L'archevêque James Ussher, en utilisant cette méthode au XVIIe siècle, est arrivé à l'année -2349, et cette date continue à faire autorité pour beaucoup. Un chercheur fondamentaliste plus contemporain, Gerhard F. Hasel, en résumant les éléments du débat à la lumière de plusieurs manuscrits bibliques (le texte massorétique en hébreu, plusieurs manuscrits de la Septante...) et des différentes interprétations dont ils font l'objet, est cependant arrivé à la conclusion que cette méthode ne pouvait situer le Déluge que dans une fourchette située entre -3402 et -2462. Des thèses concurrentes, fondées sur d'autres sources ou d'autres méthodologies, peuvent même aboutir à des dates situées hors de cette vaste période : le Livre des Jubilés, par exemple, fournit une date équivalant à l'an -2309.

Les fondamentalistes attribuent les contradictions apparentes du récit de l'arche aux conventions stylistiques en vigueur dans les textes anciens. La confusion relative au nombre de couples d'animaux purs que Noé devait emporter (un couple d'espèce impure et sept couples d'espèces pures) viendrait ainsi de ce que l'auteur, Moïse, aurait d'abord introduit le sujet en termes généraux, évoquant les sept couples, avant de répéter à de multiples reprises que ces animaux entrèrent dans l'arche par couples de deux, d'où la méprise. Toutefois, comme l'on souligné depuis bien longtemps les philologues la questions suivante se pose : comment Noé a pu distinguer les espèces d'animaux "purs" des espèces "impures" (Gn 7,2), alors que cette distinction n'a été expliquée à personne avant Moïse(suivant la tradition), soit 1000 ans plus tard ? Les fondamentalistes, de même, ne voient rien de troublant dans le passage relatif au corbeau (pourquoi Noé n'aurait-il pas lâché ce corbeau ?) et contestent l'existence de deux dénouements différents.

Au-delà de ces questions relatives à la date, à l'auteur et à l'intégrité du texte, le littéralisme a attaché beaucoup d'attention à des détails techniques tels que la nature exacte du « bois résineux[ » ou l'armature de l'embarcation. Les paragraphes suivants abordent les principaux sujets faisant débat.

La question du bois résineux
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Selon l'une des hypothèses fondamentalistes les plus fréquemment retenues, le cèdre pourrait être le mystérieux bois résineux utilisé pour construire l'arche

Le quatorzième verset du chapitre 6 de la Genèse énonce que l'arche a été réalisée en « bois résineux », ou « bois גפר » en hébreu (littéralement gofer ou gopher). La Jewish Encyclopedia avance que cette expression est très probablement une traduction du babylonien gushure iş erini (« poutres de cèdre ») ou de l'assyrien giparu (« roseau »). La Vulgate latine, au Ve siècle, l'a transcrit en lignis levigatis (« bois poli »). La Septante grecque, quant à elle, ne mentionne aucune variété de bois en particulier mais évoque la construction d'une grande embarcation carrée, goudronnée à l'intérieur et à l'extérieur de la coque. De vieilles traductions anglaises, dont la Bible du roi Jacques du XVIIe siècle, choisissent tout simplement de ne pas traduire l'expression. Plusieurs traductions modernes font le choix du cyprès sur la base d'un faux raisonnement étymologique induit par des rapprochements phonétiques, et ce bien que le mot hébreu employé dans la Bible pour désigner le cyprès soit « erez ». D'autres versions contemporaines proposent le pin ou reprennent l'idée du cèdre. Les suggestions les plus récentes, entre autres, ont émis l'hypothèse que le texte ait perdu son sens par altération au fil des siècles, qu'il fasse référence à un type de bois aujourd'hui disparu ou qu'il s'agisse simplement d'une mauvaise transcription du mot kopher (« résine »). Aucune de ces diverses possibilités ne fait cependant l'unanimité à l'heure actuelle.

Navigabilité 

L'arche, selon les instructions de Dieu, devait faire trois cents coudées de long, la coudée étant une unité de mesure désignant la distance depuis le coude jusqu’au bout des doigts. De nombreuses coudées différentes ont été utilisées sous l’Antiquité, mais toutes partageaient de grandes similarités, et la plupart des études fondamentalistes s’accordent à donner à l’embarcation une longueur approximative de 137 mètres. En tout état de cause, c’est beaucoup plus que n’importe quel navire en bois construit au cours de l’histoire. D’après certaines sources, l’amiral chinois Zheng He, au début du XVe siècle, aurait disposé de jonques d’une longueur atteignant 122 mètres, mais ce chiffre pourrait être le fruit d’une exagération. La goélette Wyoming, mise à la mer en 1909, était longue de « seulement » 107 mètres et constitue le plus grand navire en coque de bois jamais construit et dont on peut attester l’existence avec certitude. Ce navire, d’ailleurs, avait besoin de supports en fer pour empêcher toute déformation et d’une pompe marchant à la vapeur pour remédier à de sérieux problèmes de voies d’eau : la construction et les défauts inhérents à ces grands bateaux en bois, dans l’Europe de la fin du XIXe siècle, indiquaient suffisamment que leur taille avait franchi les limites pratiques de ce type de matériau. Les chercheurs fondamentalistes qui acceptent ces objections — car ce n’est pas toujours le cas — estiment que Noé a dû construire l’arche à l’aide de techniques apparues postérieurement au XIXe siècle.

Capacité et logistique 
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Le Déluge (Michel-Ange, 1508-1512)
Fresque de la Création, Chapelle Sixtine

L’arche devait avoir un volume total d’environ 40 000 et un déplacement égal à un peu moins de la moitié de celui du Titanic, soit environ 22 000 tonnes. Son espace habitable total devait avoisiner 9 300 . La question de savoir si l’embarcation, dans ces conditions, pouvait avoir contenu deux spécimens ou plus de chaque espèce animale, en plus de la nourriture et de l’eau douce, fait l’objet de débats nourris, parfois même houleux, entre les fondamentalistes et leurs contradicteurs. Tandis que certains fondamentalistes maintiennent que l’arche pourrait avoir renfermé toutes les espèces connues, une position plus consensuelle aujourd’hui chez la majorité des fondamentalistes voudrait que l’embarcation ait contenu des grands « genres » d’animaux plutôt que toutes les espèces : par exemple, un seul mâle et une seule femelle du « genre » félin plutôt que des spécimens de tigres, de lions, de couguars, etc. Le jésuite Athanase Kircher (1601-1680) expliquait ainsi que seules les espèces principales auraient été contenues dans l'arche, les autres ayant été engendrées des premières par l'influence des astres et du climat ainsi que l'imagination des mères .

Un autre problème se pose : comment en quelques jours Noé et les siens auraient-ils pu récupérer des animaux sur toute la surface de la Terre et même sur des continents inconnus à l'époque : coati en Amérique Centrale, marsupiaux en Australie, manchot en Antarctique, etc.? Parmi les sujets annexes, certains se sont demandé si huit êtres humains pouvaient suffire à assurer à la fois la navigation du bateau et l’entretien des animaux, ou comment les besoins nutritifs de quelques animaux particulièrement exotiques auraient pu être satisfaits. D’autres mettent en avant le problème de l’éclairage, de la ventilation, du contrôle de la température, de l’hibernation de certains animaux, de la survie et de la germination des graines, de la séparation entre poissons d’eau douce et d’eau de mer...

Le dénouement de l’aventure est tout aussi riche en interrogations : qu’auraient pu manger les animaux juste après la sortie de l’arche, et comment auraient-ils migré jusqu’à leurs habitats actuels ?

Autres récits comparables 

Articles détaillés : Déluge et Déluge de Deucalion.
Légendes mésopotamiennes 

La plupart des chercheurs contemporains acceptent la thèse que le Déluge biblique est intimement lié à un cycle de la mythologie assyro-babylonienne, avec laquelle il partage de nombreux points communs. La plus ancienne version de l’épopée d’Atrahasis a pu être datée du règne de l’arrière-petit-fils d’Hammurabi, Ammisaduqa (de -1646 à -1626), et a continué à être reproduite jusqu’au premier millénaire avant l'ère chrétienne. À en juger par son écriture, la légende de Ziusudra pourrait quant à elle remonter à la fin du XVIIe siècle av. J.-C., tandis que l’histoire d’Uta-Napishtim, qui nous est connue grâce à des manuscrits du premier millénaire avant notre ère, est probablement une variation sur l’épopée d’Atrahasis. Les diverses légendes mésopotamiennes du Déluge ont connu une remarquable longévité, certaines ayant été transmises jusqu’au IIIe siècle av. J.-C. Les archéologues ont retrouvé un nombre substantiel de textes originaux en sumérien, en akkadien et en assyrien, rédigés en écriture cunéiforme. La recherche de nouvelles tablettes se poursuit, de même que la traduction des tablettes déjà découvertes. L'évidente parenté entre les deux traditions mésopotamienne et biblique, selon une hypothèse scientifique, pourrait avoir pour origine commune la rapide montée des eaux dans le bassin de la mer Noire, il y a plus de sept millénaires, en raison d'une rupture de la digue naturelle anciennement formée par le détroit du Bosphore.

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Tablette du Déluge de l’épopée de Gilgamesh, rédigée en akkadien

L’épopée d’Atrahasis, écrite en akkadien (la langue de l’ancienne Babylone), raconte comment le dieu Enki enjoint au héros Atrahasis (le « très sage ») de Shuruppak de démanteler sa maison, faite en roseaux, et de construire un bateau afin d’échapper au déluge que le dieu Enlil, irrité par le bruit des villes, entend lancer pour éradiquer l’humanité. Le bateau est censé disposer d’un toit « pareil à celui d’Apsû » (l’océan souterrain d’eau douce dont Enki est le seigneur), de ponts inférieur et supérieur, et doit être rendu étanche par du bitume. Atrahasis monte à bord avec sa famille et ses animaux, puis en scelle l’entrée. La tempête et le déluge commencent, « les cadavres encombrent la rivière comme des libellules », et même les dieux prennent peur. Au bout de sept jours, le déluge cesse et Atrahasis procède à des sacrifices. Enlil, pour sa part, est furieux, mais Enki le défie ouvertement, en déclarant s’être « assuré que la vie soit préservée ». Les deux divinités s’accordent finalement sur d’autres mesures pour réguler la population humaine. L’histoire existe également dans une version assyrienne plus tardive.

La légende de Ziusudra, écrite en sumérien, a été retrouvée dans les fragments d'une tablette d’Eridu. Elle raconte comment le même dieu Enki avertit Ziusudra (« il a vu la vie », en référence au don d’immortalité qui lui fut conféré par les dieux), roi de Shuruppak, de la décision des dieux de détruire l’humanité par un déluge, le passage expliquant les raisons de ce choix ayant été perdu. Enki charge Ziusudra de construire un grand bateau, mais les instructions précises ont été perdues elles aussi. Après un déluge de sept jours, Ziusudra procède aux sacrifices requis, puis se prosterne devant An, le dieu du ciel, et Enlil, le chef des dieux. Il reçoit en échange la vie éternelle à Dilmun, l’Eden sumérien.

L’épopée babylonienne de Gilgamesh raconte les aventures d’Uta-Napishtim (en réalité une traduction de « Ziusudra » en akkadien), originaire de Shuruppak. Ellil (équivalent d’Enlil), chef des dieux, souhaite détruire l’humanité par un déluge. Uta-Napishtim reçoit du dieu Ea (équivalent d’Enki) le conseil de détruire sa maison en roseaux et d’utiliser ces derniers pour construire une arche, qu’il doit charger d’or, d’argent, de la semence de toutes les créatures vivantes ainsi que de tous ses artisans. Après une tempête de sept jours et douze jours supplémentaires passés à dériver sur les eaux, le navire s’échoue sur le mont Nizir. Sept autres jours plus tard, Uta-Napishtim envoie une colombe, qui revient, puis une hirondelle, qui revient également. Le corbeau, finalement, ne revient pas. Uta-Napishtim fait alors des sacrifices (par groupes de sept) aux dieux. Ces derniers sentent l’odeur de la viande rôtie et affluent « comme des mouches ». Ellil est fâché de ce que quelques humains aient survécu, mais Ea le sermonne : « Comment as-tu pu lancer ainsi un déluge sans réfléchir ? Sur le pécheur laisse reposer son péché, sur le malfaiteur son méfait. Abstiens-toi, ne laisse pas faire, et aie pitié, [que les hommes ne périssent point] ». Uta-Napishtim et sa femme reçoivent alors le don d’immortalité, et partent habiter « au loin, à l’embouchure des rivières ».


Au IIIe siècle av. J.-C., Bérose, un grand prêtre du temple de Marduk à Babylone, rédigea en grec une histoire de la Mésopotamie pour Antiochos Ier, qui régna de -323 à -261. Cette Babyloniaka de Bérose a été perdue, mais l’historien chrétien Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, en retient la légende de Xisuthrus, une version grecque de Ziusudra largement semblable au texte d’origine. Eusèbe estimait que le navire pouvait toujours être aperçu « sur les monts corcyréens [sic] d’Arménie ; et les gens grattent le bitume avec lequel il avait été revêtu extérieurement pour l’utiliser en tant qu’antidote ou amulette ».

Autres légendes 
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L'histoire de l'arche de Noé comporte un équivalent dans la mythologie grecque, avec le déluge de Deucalion

Les histoires rapportant des déluges et la survie d'une poignée d'élus sont très répandues dans toutes les mythologies du monde, avec des exemples dans presque chaque société. L’homologue de Noé dans la mythologie grecque, ainsi, est Deucalion. Dans certains textes sanskrits, un terrible déluge est censé n’avoir laissé qu’un seul survivant, un saint nommé Manu, sauvé par Vishnu sous la forme d’un poisson. L’histoire de Yima (Jamshid), dans la tradition zoroastrienne, propose un récit très similaire, si ce n’est que l’élément menaçant toute vie est la glace, et non l’eau. Dans la mythologie ch

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inoise, il est dit que Nuwa créa l'Homme à partir d'argile, et qu'il combla les trous du ciel avec des pierres colorées suite à un grand déluge provoqué par Gonggong, le dieu de l'eau. Des légendes de déluges ont aussi pu être mises en évidence dans les mythologies de nombreuses peuplades sans système d’écriture, parfois très loin de la Mésopotamie et du continent eurasiatique : ainsi des légendes de la tribu amérindienne des Ojibwés. Les fondamentalistes bibliques en tirent la conclusion que l’arche de Noé a constitué un épisode historique réel. Mais les ethnologues et les mythologistes conseillent de prendre avec précaution les légendes telles que celles des Ojibwés, qui ont pu naître ou être fortement adaptées au contact du christianisme, dans un désir de conjuguer harmonieusement anciennes et nouvelles croyances. De plus, toutes ces légendes ont pour source le besoin commun d’expliquer les catastrophes naturelles, face auxquelles les sociétés anciennes étaient toutes impuissantes.

 

 

 



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Publié dans Histoire

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