Les Incas
Religion
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Dans les Andes, de nombreuses communautés se réclamaient originaires ou descendantes de tel lieu sacré, de telle étoile ou de tel animal. Les empereurs, descendants directs de Manco Capac, dont le titre est Sapa inca (littéralement "inca unique"; ou encore Intip churin: "fils du soleil", titre adopté par le neuvième empereur Pachacutec), sont vénérés comme des demi-dieux et considérés comme fils du soleil (appelé Inti ou Tahuantinsuyu en quechua). Pour leurs contemporains, les victoires militaires et la politique éclairée des souverains incas semblent confirmer cette origine merveilleuse. Les Incas imposent donc le culte du soleil comme culte officiel dans l'empire : l'idole solaire côtoiera la myriade de divinités adorées dans l'empire. Il ne s'agit pas pour autant d'un culte monothéiste mais plutôt d'un animisme d'État.
Pour instituer le culte, les Incas bâtissent des temples dédiés principalement au soleil. Le plus célèbre de tous est le Coricancha (enclos d'or en quechua), temple du Soleil de Cuzco. Ce temple, principal dans l'empire, servait aussi de lieu de culte à d'autres entités divines comme Mama Quilla, la Lune, et illapa, divinité de la foudre, de l'éclair et du tonnerre.
Le temple du Soleil à Cuzco, véritable saint des saints de l'empire, n'a pas subsisté aux ravages de la conquête. Il n'en reste aujourd'hui que quelques descriptions ainsi que quelques murs témoins de la splendeur de l'ouvrage. Il fut construit avec des pierres de taille s'ajustant parfaitement les unes dans les autres, sans ciment. Sa circonférence faisait plus de 365 mètres. À l'intérieur du temple trônait, entre autres trésors, un disque d'or représentant le Soleil ainsi qu'une représentation du panthéon Inca. Il s'y trouvait également un jardin sacré où tous les éléments de la nature étaient représentés sous la forme de statuettes entièrement en or, métal symbolique du soleil.
En signe d'allégeance ou de véritable vénération, les peuples soumis par les Incas bâtirent dans leurs provinces de nombreux lieux de culte du soleil. Certains sont encore visibles de nos jours, ils témoignent de l'extension géographique du culte. Au Pérou, on trouvera le temple de Vilcashuaman. Près du plus haut sommet du Pérou, le Huascarán, se trouvait un temple où avaient lieu des sacrifices. En Bolivie, un temple du Soleil avait aussi été érigé sur la isla del Sol du lac Titicaca. Une fois par an, un lama est immolé. La tête et les pattes de l'animal sont enterrées sur une colline de l'île du soleil en plein lac Titicaca. À Caranqui, Équateur, se trouve un temple qui autrefois contenait des jarres pleines d'or et d'argent.
La principale fête de l'empire était l'Inti Raymi. Elle se déroulait le 21 juin, solstice d'hiver et jour le plus court dans l'hémisphère sud. En remerciement de toutes les bonnes choses de l'année précédente, elle servait également à demander la protection du soleil pour les semences qui allaient commencer bientôt.
Pour l'office du culte, les chroniqueurs nous rapportent qu'un tiers des terres cultivées dans les communautés étaient attribuées au Soleil. La mise en culture de ces terres constituait à la fois une forme de culte et une forme d'imposition économique.
Inca Garcilaso de la Vega nous rapporte que Viracocha aurait été le véritable dieu des Incas, le Soleil étant quant à lui une divinité de vitrine dans les Andes animistes. Mais nous savons aujourd'hui que le culte du Soleil a en fait peu à peu remplacé le culte de Viracocha, plus ancien. Viracocha est un dieu antérieur aux Incas, commun à plusieurs cultures pré-incas. Son culte serait apparu entre 700 et 1200 après J.C., en premier dans la culture Huari. De nombreuses légendes incas sont directement inspirées de légendes d'autres cultures, par exemple de Tiahuanaco, et de même le culte de Viracocha fut adopté par les Incas.
L'Empire inca se composant d'une mosaïque de peuples qui n'ont pas forcément été détruits ou réduits en esclavage, certains cultes locaux ont pu perdurer sans pour autant que le peuple originaire de Cuzco ne les adopte. Un autre cas flagrant est celui de Pachacamac : c'est un dieu de la côte centrale du Pérou dont les origines sont incertaines, mais le culte était en tout cas antérieur même à celui de Viracocha. Le plus grand temple connu consacré à ce dieu s'appelle lui-même Pachacamac et remonte à l'époque de la culture Lima. Le culte serait probablement apparu entre l'an 300 et l'an 600. C'est cependant avec la culture Ishmay, civilisation locale qui se situait entre les fleuves Rimac et Lurin (1000-1450 après J.C.), que le site de Pachacamac connaît son apogée.
Durant les premiers siècles de domination inca, le dieu Inti n'était donc pas vénéré et les différents peuples semblaient disposer d'une certaine liberté de culte. Ce n'est qu'au cours du XVe siècle, sous le règne de Pachacutec qu'apparut le culte du Soleil, et celui-ci fut rapidement promu au détriment des autres cultes. L'Inca aurait fait brûler de nombreux temples de Viracocha et bâti les premiers temples du Soleil. Cependant, le culte de Viracocha demeura largement dans les mémoires et continue même d'exister encore aujourd'hui.
Lorsque les Incas imposent le culte du Soleil, ils « destituent » les dieux locaux mais n'interdisent pas l'exercice des croyances animistes qui dans l'ensemble conforte et renforce le culte du Soleil qui se pose en clé de voûte du système. Parmi les croyances tolérées figure le culte aux Huacas. Dans la langue Quechua, le terme Huaca peut désigner tout ce qui sort de l'ordinaire et par extension, cela désigne tout ce qui est susceptible de faire l'objet d'un culte dans le contexte animiste. Les huacas sont des personnages, ou un lieu de l'espace géographique (comme une montagne, une rivière ou même un arbre), sacrés ou divins, associés à une divinité particulière, plus exactement des lieux où réside un esprit, comme dans toutes les religions animistes. Il en existait partout sur le territoire inca. Ces sites sont parmi les lieux saints les plus importants pour la population de l'empire inca. De nombreux sacrifices y étaient pratiqués, quotidiennement, saisonnièrement, et annuellement, pour satisfaire ces dieux. Sacrifices et intermédiaires permettaient aussi aux chefs spirituels de la communauté de communiquer avec les huacas (les esprits), afin d'obtenir des conseils ou de l'aide.
Les prêtres vivaient dans tous les temples et autres sanctuaires religieux importants. Ils remplissaient les fonctions de devins, sorciers, et médecins. Le titre de prêtre en chef à Cuzco était villac umu. Celui-ci était marié et son autorité était en concurrence avec celle de l'Inca. Villac umu avait le pouvoir sur tous les temples et édifices religieux, et il pouvait nommer ou révoquer les prêtres.
Les « femmes choisies », appelées aclla (« vestales » ou, pour les Espagnols, « vierges du Soleil ») étaient au service du Dieu-Soleil (Intip-aclla) ou de l'Inca (Incap-aclla). Elles devaient suivre une formation particulière et seules les plus qualifiées étaient choisies dès leur plus jeune âge. Elles vivaient dans la aclla-huasi (« maison des aclla ») et consacraient la plupart de leur temps à tisser les vêtements portés par l'Inca et les prêtres.
Les princesses de sang royal étaient les Nustas, et l'une d'entre elles était appelée à devenir la Coya, l'épouse principale de l'Inca.
La divination tenait une place prépondérante dans la civilisation inca. Avant chaque action, on faisait appel à celle-ci et rien d'important ne pouvait être entrepris sans avoir auparavant consulté les auspices. La divination était utilisée aussi bien pour diagnostiquer des maladies que pour prédire le déroulement des batailles, exorciser ou punir un crime. La divination permettait aussi de déterminer quels sacrifices devaient être faits et à quels dieux. Les Incas croyaient que la vie était contrôlée par des forces invisibles. Pour les représenter, les prêtres avaient recours à la divination.
Il existait plusieurs méthodes de divination : on pouvait observer des araignées se déplacer ou analyser la disposition que les feuilles de coca prennent sur une assiette plate. On pouvait boire aussi de l'ayahuasca qui a des effets hallucinogènes en affectant le système nerveux central. Cette boisson permettait d'entrer en contact avec des puissances surnaturelles. Des prophéties pouvaient être aussi faites à partir de l'étude des poumons d'un Lama blanc sacrifié.
Les sacrifices et offrandes étaient quotidiens, dédiés aux dieux ou aux huacuas, ils rythmaient la vie du peuple. Les Incas offraient certaines choses qu'ils considéraient honorables aux yeux des dieux, surtout à la Pachamama, la Terre-Mère. Ces offrandes pouvaient prendre la forme d'épis de maïs ou de feuilles de coca entre autres.
À chaque occasion importante, on offrait un sacrifice, l'animal le plus utilisé était un lama. Beaucoup de sacrifices étaient quotidiens afin de célébrer le culte du soleil.
Les sacrifices humains ne se faisaient que lors de périodes de grands troubles, lorsque l'Inca était malade ou mort, par exemple, ou lors de catastrophes naturelles. L'objectif était alors d'apaiser le ou les dieux.
Les personnes, hommes, femmes ou enfants offerts en sacrifice devaient être en bonne condition physique et de parfaite constitution. Elles étaient parfois prises parmi les peuples défaits, considérées comme une partie du tribut, ou directement parmi la noblesse de Cuzco.
Selon la légende, une petite fille de dix ans, Tanta Carhua, avait été choisie par son père pour être sacrifiée à l'empereur Inca. L'enfant, supposée physiquement parfaite, fut donc envoyée à l'empereur à Cuzco où des fêtes et des parades étaient données en l'honneur de son courage. Elle a été enterrée vivante dans une tombe des montagnes andines.
Les enfants, considérés purs, rencontraient l'empereur et des célébrations étaient faites en leur nom. Selon les croyances des incas, l'enfant sacrifié devenait un dieu une fois emporté par la mort. Avant le sacrifice, l'enfant buvait de la chicha (un alcool) apparemment pour atténuer la perception de ses sens. Pour l'honorer, les prêtres conduisaient des cérémonies qui l'accompagnaient tandis que son esprit quittait la terre. L'enfant recevait alors un rude coup derrière la tête, d'une arme contondante, mettant fin à ses jours. Il était peut-être aussi, parfois, enterré vivant. La plupart du temps un seul enfant était nécessaire pour le sacrifice, mais on a retrouvé des tombes de trois ou quatre enfants sacrifiés simultanément.
C'est ce type de rite qui fut par exemple utilisé pour calmer les dieux, lors d'une éruption volcanique à Arequipa : la surnommée Juanita fut sacrifiée au sommet du volcan Ampato, il y a plus de 500 ans. C'était une jeune fille de douze ou treize ans appartenant à la haute noblesse de Cuzco comme en témoigne la richesse de ses parures. Un cortège cérémonial partit de Cuzco pour rejoindre Arequipa dans le seul but de ce sacrifice. Préservés par la glace, la jeune fille et les objets qui l'accompagnaient furent retrouvés presque intacts en 1995 et reposent désormais au musée Santuarios Andinos d'Arequipa.
Le même genre de rites est attesté dans d'autres sociétés précolombiennes, mais ne peut être comparé aux sacrifices de masse aztèques.
Pour escorter l'Inca dans son voyage dans l'autre monde, deux de ses femmes, un serviteur et un guerrier étaient sacrifiés le jour de sa mort. Prétendument volontaires, ils étaient choisis dès leur plus jeune âge.
Société
La hiérarchie dans l'empire inca reprend l'organisation traditionnelle des communautés andines. L'Inca est à la fois chef de son clan et souverain de tout l'empire. L'organisation communautaire est à la base de la structure de l'empire. Dans de nombreux cas, l'Inca conquérant veille à ne pas bousculer l'organisation traditionnelle des populations à assimiler et laisse en place les autorités traditionnelles et leur confie des instructeurs du clan inca pour les informer des lois de l'empire et les instruire dans la religion officielle. Ces autorités locales étaient donc encadrées et rendaient comptes à des supérieurs hiérarchiques qui tous étaient membres du clan Inca.
D'une manière générale, il existait trois classes : la classe laborieuse constituée des paysans et artisans, la classe de gouvernance locale et, au sommet, la classe dirigeante de souche inca qui tenait les rênes de l'empire. Cette classe dirigeante était organisée comme un clan ordinaire dont les membres étaient appelés aux plus hautes fonctions au sein de l'empire, qu'elles soient religieuses, militaires ou administratives.
Cette société était donc basée sur un système de castes et on ne pouvait que très difficilement et exceptionnellement changer de rang. Un individu de la classe laborieuse pouvait accéder à la classe dirigeante suite à un exploit militaire ou grâce à quelque autre mérite. Il arrivait, dans un but politique, que des dirigeants coopératifs de peuples vaincus obtiennent des postes à responsabilités, souvent celui de Kurakas.
Les peuples des Andes sont repartis dans de nombreux villages situés sur des hauteurs. L'ensemble des familles, la plupart du temps liées par le sang, qui habite un village forme un ayllu. Un chef (kuraka) dirige l' ayllu répartit les travaux collectifs et les terres. L' aylu possède en effet des terres agricoles, distribuées par lots, ainsi que des pâturages, d'accès collectif].
Au sein de cet ayllu, le groupe social de base est formé par la famille constituée des parents et des enfants célibataires. L'homme travaille aux champs, et pratique éventuellement de l'artisanat, tandis que la femme s'occupe de la cuisine et de l'entretien de la maison. L'entraide entre familles est très fréquente, notamment au moment des récoltes. Les personnes invalides sont généralement soutenues par l'ensemble de la communauté
Suivant leur âge, les enfants reçoivent des tâches particulières. Ainsi, de 5 à 9 ans, ils aident aux tâches ménagères. Jusqu'à 16 ans, ils gardent les troupeaux de lamas, ou effectuent d'autres tâches selon leurs capacités. Entre 16 et 20-25 ans, ils sont messagers, bergers des lamas, ou accompagnement des seigneurs comme pages ou serviteurs. Ils fondent ensuite un foyer avec deux obligations : effectuer le service militaire aux postes frontières ou comme réserviste, et participer à la mit'a, la corvée : le peuple doit travailler les terres de l'État avant les siennes, filer et tisser leur laine et ce pendant des périodes limitées. Les produits sont ensuite placés dans des entrepôts d'État pour être en partie redistribués (selon les sources coloniales, 1/3 des terres et des troupeaux appartenaient à l'État, 1/3 au culte et le tiers restant au peuple). À noter que pendant la mit'a l'État doit entretenir ses prestataires et se montrer généreux.
Les ayllus sont organisés en chefferies, regroupant plusieurs ayllus sous la domination de l'un d'entre eux. Les ayllus dépendants doivent verser un tribut de corvées à l'ayllu dominant. En échange, ce dernier doit maintenir des réserves pour pallier aux mauvaises récoltes et subvenir à l'entretien des pauvres.
Des chefferies forment à leur tour des groupes sous la domination de l'une d'entre elles. L'empire inca s'inscrit dans le même schéma, l'empereur étant le chef du groupe de chefferies constitutif de l'empire.
L'empire est divisé en quatre régions, Chinchasuyu, Antisuyu, Cuntisuyu et Collasuyu, de la même manière que la ville de Cuzco est divisée en quatre « districts ». D'après les chroniques, ces grandes zones sont elles-mêmes sous divisées en unités de 10 000 familles, subdivisées à leur tour en unités de 1000, de 100 puis de 10 familles. Mais les historiens modernes estiment que cette division était d'abord comptable, la véritable structuration étant celle des chefferies et des ayllus
L'empereur est conseillé par quatre apu, représentant les quatre régions de l'empire. Au-dessous des apu se trouvent les gouverneurs de province, les tukriquq, représentant l'empereur localement. Ils sont entourés de 'kipukamayoq qui procèdent au recensement de la population à l'aide des kipus. Le recensement revêt en effet un rôle particulièrement important dans un état où les seuls tributs versés le sont sous forme de corvées.
Les chefs locaux dirigeant les chefferies s'inscrivaient en parallèle de cette organisation de l'administration impériale, même si les Incas essayèrent de les y intégrer. Ils étaient soumis à l'empereur dans un rapport plus personnel
Les Incas justifiaient leurs conquêtes en invoquant une mission civilisatrice, comme les Espagnols le feront ensuite avec eux. Ils affirmaient apporter aux "tribus barbares" les bonnes mœurs, des techniques agricoles et la pacification. Toutefois, les Incas ne semblent pas avoir été particulièrement belliqueux. Des historiens estiment que c'est plus un concours de circonstance qui engendra l'impérialisme inca : leur victoire inattendue sur les Chankas perturba l'équilibre militaire local. Les Incas montant en puissance, les tribus voisines s'en inquiétèrent, furent défaites à leur tour, et l'empire Inca grandit ainsi, les conquêtes provoquant les guerres qui engendraient à leur tour de nouvelles conquêtes.
Le maintient d'expéditions de conquête au-delà des frontières joua par ailleurs un rôle de cohésion sociale fondamental dans l'empire. Ces guerres répétées facilitèrent l'intégration et unirent tous les peuples soumis par les incas dans une même entreprise commune.
Les conquêtes se faisaient soit pacifiquement, et alors les souverains conquis conservaient un certain pouvoir, soit par armes, et le peuple vaincu était en partie déplacé dans une région solidement acquises aux Incas qui lui étaient souvent totalement étrangères. Des peuples soumis de longue date à l'empire venaient alors repeupler leurs terres. Ces déplacements de population furent très importants, notamment sous Tupa Yupanki et Huana Kapac.
Arts et techniques
Alors que l'empire inca était très structuré et bureaucratisé, l'écriture n'y a apparemment pas existé.
En revanche, un système de quipus a été mis en place. Les quipus sont des messages codés sous la forme de nœuds de différentes sortes sur des fils de laine, coton ou autre matériau et de différentes couleurs. Ces quipus servaient aux statistiques de l'État : recensement très précis (nombre d'habitants par âge et par sexe), nombre d'animaux, état des stocks, tributs payés et dus des différents peuples, enregistrement de l'ensemble des entrées et sorties de marchandises des entrepôts de l'État, etc... Seuls les administrateurs connaissaient la clé des quipus : c'étaient les quipucamayocs.
Il semblerait que les quipus aient aussi servi à notifier les grandes dates de l'Histoire et à consigner certains récits ou secrets religieux mais ceux-ci restent indéchiffrables de nos jours contrairement à certains quipus de statistiques.
Les récentes découvertes de Ruth Shady (en) sur le site de Caral ont démontré que les quipus étaient connus par les civilisations précolombiennes il y a près de 4 500 ans.
L'empire inca était une théocratie : l'empereur, l'Inca, était considéré comme un dieu vivant et le culte du soleil, de l'Inti dont l'Inca était la représentation sur terre, était un des piliers de l'empire. Un autre pilier était constitué par l'agriculture.
En matière agricole et hydraulique, les Incas avaient mis en place un système de canalisations assez complexe, dont on peut voir aujourd'hui une excellente manifestation à Ollantaytambo. Ils ont aussi hérité de très bons systèmes d'irrigation, légués par des cultures antérieures telles que les Nazca ou les Moches dans les parties littorales désertiques du territoire. Mais en matière agricole, c'est dans la façon d'exploiter les sols et de maîtriser un territoire apparemment inhospitalier que les Incas se sont illustrés : presque partout dans les parties andines, c'est-à-dire la majorité de leur territoire, les Incas ont développé des aqueducs, des canaux à étages longs de dizaines de km et des cultures en terrasse (les andenes), facilitant donc les récoltes et toutes les tâches agricoles. Une grande partie de ces cultures existe encore aujourd'hui et est toujours utilisée par les paysans et agriculteurs, les plus fameuses se situant dans la vallée sacrée des Incas ou près d'Arequipa. On suppose même que les Incas possédaient un véritable laboratoire agronomique, sur les terrasses de Moray : il s'agit de terrasses situées près de Cuzco, disposées en cercles concentriques, le centre du cercle étant le niveau le plus bas des terrasses. Les scientifiques modernes se rendirent compte que chaque niveau avait une température différente. Ceci aurait permis aux Incas d'étudier l'acclimatation des céréales, tubercules et autres plantes servant à leur alimentation. Ils purent faire des croisements et des améliorations de certaines familles.
Le kuraka, le chef de l' ayllu, était chargé de la répartition des terres, qui se faisait sur un modèle de parts, entre chaque membre du village apte à travailler.
Les travaux agricoles étaient divisés en trois temps :
- - la part de l'Inca et de la famille royale;
- - celle de chaque détenteur de lopin de terre, pour subvenir aux besoins de sa famille;
- - celle qui appartenait au village, afin de subvenir aux besoins des plus démunis. Un système d'entraide entre les familles était très développé. En plus des terres collectives, il existait des réserves qui permettaient de pallier le manque en cas de famine, ou quand venait une délégation de l'Inca.
Un autre devoir de chaque membre de la communauté consistait à s'occuper des travaux collectifs (comme l'entretien des canaux d'irrigation). Ce système connaissait cependant des faiblesses : les kurakas abusaient parfois du système, s'enrichissaient et constituaient une nouvelle classe dont les privilèges étaient transmis par héritage.
À cette époque, l'agriculture était essentiellement une agriculture de montagne. La pomme de terre « inventée » au Pérou et de nombreux autres tubercules étaient les aliments de base. Ces végétaux sont sensibles et, les récoltes ne pouvant être garanties, des techniques de conservation étaient développées pour faire face à d'éventuelles années difficiles. Le quinoa, une graine (et non une céréale), est plus facile à cultiver, il pousse jusqu'à 4 000 m d'altitude. Une autre culture était répandue : celle du maïs. Bien que très apprécié, les conditions particulières pour sa culture limitaient sa production et le maïs se trouvait souvent réservé aux offrandes ou réservé pour les fêtes. Pour développer cette culture, de nombreuses terrasses (les fameuses andenes) furent construites dont certaines perdurent jusqu'à nos jours. Les Incas installèrent des réseaux d'irrigation comprenant canaux et aqueducs.
D'autres plantes étaient cultivées selon les régions : tomates, arachides, haricots, piments, ananas, cacao, etc. ainsi que la coca, très importante pour le peuple inca puisqu'elle était utilisée dans toutes les cérémonies. En ce qui concerne l'élevage, viande et laine provenaient essentiellement des lamas et alpagas.
L'économie est fondée sur la gestion de la main-d'œuvre, sur l'échange d'énergie humaine, sur une sorte de collectivité du travail et nullement sur des échanges de biens ou sur une possession collective des biens. La richesse était liée non pas à la possession des biens mais à l'accès à la main-d'œuvre pour la production de la communauté. Le pauvre étant celui qui possède peu de liens de parenté.
Au sommet de l'organisation économique se trouve l'Inca qui se repose sur les organisations ethniques et leur économie de redistribution mais en gérant un système de redistribution à un niveau supérieur. Il y avait donc une redistribution au niveau local autour du groupe ethnique mais aussi, une redistribution bien plus vaste, au niveau de l'empire. L'Inca s'en chargeait à partir des réserves. Pour opérer ce travail, on faisait appel à des mitas (transporteurs). L'empire organisait donc aussi la mita.
La répartition des terres ethniques semblait liée à la redistribution, puisque chaque année, elle faisait l'objet d'un pacte ou d'une négociation. Grâce aux principes de la redistribution et de l'échange d'énergie humaine, les Incas purent entreprendre de nombreuses constructions, créer des greniers supplémentaires, un réseau de routes, des centres administratifs ...
Pour arriver à contrôler leur immense empire, les Incas créèrent de nombreuses voies de communication. Des représentants de l'autorité de l'Inca étaient présents à tous les niveaux de la structure administrative. Pour faciliter la communication, des voies étaient réservées aux messagers impériaux et voyageurs officiels. Au moins 16 000 km de ces voies royales, parfois larges de 6 m, ont été conçues pour les piétons et les caravanes de lamas. La plupart étaient pavées et des auberges se trouvaient tout le long de ces routes.
Les incas avaient installé, le long de ces voies de communication, des tampos ou caravansérails, prêts à accueillir à tout moment les voyageurs. Grâce à un système de « coureurs à relais », les chasquis, ils envoyaient des messages avec une rapidité étonnante au coins les plus éloignés de l'empire. On estime ainsi qu'il fallait moins d'une semaine à un message pour aller de Cuzco à la frontière nord de l'empire à plus de 2,000 km.
Les Incas possédaient des connaissances poussées dans certains domaines tels que les mathématiques, basées sur un système quadridécimal (base 40) et non décimal, ou l'astronomie. Capables de voir les solstices ou équinoxes, leur calendrier à la fois lunaire et solaire leur permettait de gérer les cycles agricoles.
Les connaissances incas étaient également remarquables en médecine, étant dans certains domaines en avance par rapport aux connaissances européennes. L'utilisation de nombreuses plantes leur permettait de guérir de nombreuses maladies et de soulager diverses souffrances, comme par exemple la quinine pour traiter la malaria. Ils avaient une très bonne connaissance des plantes et de leurs bénéfices. Les Incas pratiquaient également la chirurgie, notamment les trépanations crâniennes (on a retrouvé dans des nécropoles des incas, un ou plusieurs crânes trépanés); ils utilisaient la coca comme anesthésiant.
Les Incas étaient d'excellents architectes. Leurs constructions sont imposantes et ingénieuses, souvent orientées à des fins utilitaires. Le nombre de bâtiments et autres constructions réalisés est vraiment élevé. La forme trapézoïdale souvent donnée aux portes et fenêtres des temples permet à l'édifice de résister beaucoup mieux aux tremblements de terre, très fréquents dans ces régions. En s'installant à Cuzco, les espagnols ont d'ailleurs repris comme fondation de leur bâtiments les restes des temples incas. Lors des nombreux séismes, les constructions ou fondations incas tenaient généralement mieux que les constructions espagnoles.
Les Incas utilisaient divers styles architecturaux, mais le plus connu est sans conteste celui utilisé par exemple pour le temple du Soleil de Cuzco ainsi que beaucoup d'autres bâtiments d'importance : le matériau principal était la pierre mais ils n'utilisaient pas de mortier pour les joindre entre elles. De grandes pierres polygonales étaient alors utilisées, s'emboîtant parfaitement les unes dans les autres sans laisser le moindre espace vide. On peut voir encore de nos jours de nombreux exemples de cet art architectural, parmi lesquels Sacsayhuamán la forteresse de Cuzco, ou encore les impressionnantes ruines d'Ollantaytambo.
Les Incas améliorèrent le réseau laissé par la civilisation Huari, qui leur permit de sillonner l'ensemble de l'empire rapidement malgré le terrain accidenté. Le plus célèbre exemple de ces routes est le « Qhapaq Ñan » : c'était l’axe principal du projet économique et politique de l’empire inca, long de plus de 6 000 kilomètres. Son tracé principal joint les villes de Pasto en Colombie, Quito et Cuenca en Équateur, Cajamarca et Cuzco au Pérou, l’Aconcagua en Argentine et Santiago du Chili. C'était un élément majeur pour le contrôle de l'empire et les déplacements militaires. Des auberges (tambos) tous les 20 ou 25 km, des postes de garde et des ponts se trouvaient le long de ces routes, larges parfois de 7 m et parfois pavées. Il ne fallait aux chaskis, les coursiers de l'empire, qu'une semaine pour atteindre Quito, capitale actuelle de l'Équateur depuis Cuzco. Un réseau secondaire de routes transversales, long de plus de 45 000 kilomètres, reliait le Qhapaq ñan à la côte et au bassin amazonien.
Parmi leurs autres constructions figurent des ponts de corde suspendus à l'aide de tiges de cabuya allant jusqu'à cent mètres, des relais de poste, des aqueducs, des silos, des forteresses, des temples, des palais, les andenes, etc.
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