Zeus
Zeus Sôtêr
Il n’y a pas d’autres dieux qui soient autant invoqués par les Grecs pour le secours et la sauvegarde. À l’esprit des grands capitaines, pas de décisions importantes sans le consulter. On lui sacrifie après un voyage et on l’invoque avant d’entreprendre : Zeus Alexikakos, qui écarte les maux. De nombreux ports ont un temple dédié à Zeus Sôtêr (dieu salvateur). Les Athéniens célèbrent, le dernier jour de l’année, la fête des Disotéria. On l’invoque pour se faire pardonner en offrant des sacrifices à Zeus Meïlikios. Zeus est surtout un dieu purificateur et cela donne lieu à des fêtes importantes à Athènes : les Diasia (fêtes de Zeus, « dios »). En automne, une période de sacrifices d’ovins à Zeus Phratrios durait de 3 à 4 jours, à Athènes et dans les grandes cités : c’étaient les Apaturies (Apatouria) ou fêtes des phratries. Les sacrifices sont en effet un moyen d’atteindre le dieu et d’obtenir la purification et la réconciliation. Tout criminel ne doit pas être puni avant d’être purifié car il s’est souillé aux yeux de Zeus et porte atteinte aux lois divines et non plus aux lois des hommes qui ne réclament que vengeance.
Zeus est par nécessité un dieu qui délivre des présages et il se montre attentif aux suppliques (Zeus Hikésios, dieu des suppliants) et, selon Hésiode, le recours suprême des opprimés. Zeus communique ses intentions par des moyens variés : ornithomancie (vol des oiseaux), oniromancie, bruits (les klèdonès), extase, tirage au sort (les Klèroï ; latin : sortes), et nombre de manifestations atmosphériques. Trois principaux sanctuaires lui furent consacrés pour entendre ses oracles.
Les sanctuaires
- Le site de Dodone : en Thesprôtie, au pied du mont Taumaros, le plus ancien puisqu’il remonterait aux Pélasges et le plus mythique car il est mentionné par Sophocle et consulté chez Homère dans ses deux récits. Des prêtresses rendaient des oracles par « dendromancie » : écoute des rumeurs du feuillage d’un chêne sacré ou de plusieurs, amplifié parfois par des chaudrons d’airain résonnants. Il est probable qu’il y eut plusieurs modes divinatoires comme l’extase ou le vol de colombes sacrées, et que d’autres bruits furent consultés. À la même époque ou sans doute plus ancienne, il y eut une sorte de prophètes, les « Selles », qui vivaient à même le sol comme des mendiants. On a voulu y voir l’origine tellurique de la mantique dodonéenne. Le sanctuaire était primitivement consacré à Dioné, déesse rattachée à Naïos, avatar certain de Zeus. Des fêtes, appelées Naïa, composées de concours gymniques et artistiques (musique et théâtre), étaient données dans la vallée.
- Le site de Delphes, où officie « l’Apollon de Delphes », prophète de son père Zeus. Site sauvage de Phocide, au fond d’une gorge entre le mont Cirphis et le Parnasse d’où sourdent les eaux de la Fontaine de Castalie, et éclairé par les Phaedriades, roches claires qui reflètent le soleil. Les oracles étaient rendus au tout début du printemps par une prêtresse inspirée au cours de transes, la Pythie, qui se prononçait hissée sur un trépied. Il est toujours demeuré le plus prestigieux sanctuaire grec et l’amphictyonie rassemblait dans la meilleure entente Doriens, Ioniens, Athéniens, Spartiates, Corinthiens et Thébains.
- Le site d’Olympie : les oracles émanaient à une époque de l’examen de la flamme qui brûlait « éternellement » sur l’autel consacré au dieu. Ils étaient rendus par une longue lignée de prophètes, les Iamides, issue d’Iamos, fils d’Apollon et d’une mortelle. Des Jeux y étaient organisés, lesquels devinrent, selon Hippias, des Jeux « pentétériques » (qui reviennent tous les quatre ans), les Jeux olympiques, dont il date la refondation en 776 av. J.-C. Le site abritera également le temple de la fameuse statue colossale chryséléphantine représentant Zeus en majesté, sculptée par Phidias.
- L’Oracle de Libye
- Hérodote a décrit le lieu où s’élevait un sanctuaire dédié au dieu Amon (pour les Égyptiens) ou Zeus Ammon (pour les Grecs) et coulaient des sources dont la Fontaine du Soleil qui servait aux lustrations. On y entretenait grâce à la fraîcheur des lieux « un printemps perpétuel ». Les oracles y étaient rendus par des prêtres qui devaient interpréter les signes envoyés par le dieu.
- Pindare, le plus grand poète lyrique grec qui a beaucoup célébré Apollon, a toujours placé Zeus au-dessus de tous les autres. Le poète mystique thébain écartait tous les récits qui ne donnaient pas une idée assez digne de la puissance divine, et ses conceptions religieuses d’une haute valeur morale ont été bien plus élevées que celles d’Homère. Sa vénération pour le maître des dieux était si grande que son dieu tout-puissant semble « se rapprocher du dieu suprême d'une religion monothéiste ». Pindare, respectueux des divinités les plus anciennes vouait un culte particulier au Zeus-Ammon libyen. Il lui avait, dit-on, non seulement consacré des hymnes mais aussi érigé une chapelle.
- Les auteurs anciens (Plutarque, Diodore de Sicile, Strabon, Macrobe, etc.) se rejoignent sur le culte de Jupiter entretenu à Thèbes (dite aussi Diospolis-Magna) et coïncidant avec celui d’Amon qui est à l’origine le dieu roi en Égypte. Ce Jupiter (Zeus Kératophoros) est représenté avec le front armé des cornes d’un bélier (rarement avec la tête entière), autre animal mythique égyptien qui représente la force génératrice de la Nature. Le bélier était le premier des douze signes célestes, système où Jupiter représentait pour l’Oracle de Claros, le Soleil du printemps.
- L’Oracle de Libye eut une réputation qui s’étendit bien au-delà de la contrée. Il avait eu la faveur des Lacédémoniens qui lui avaient fait élever un temple « dans les sables » de Libye, aujourd’hui l’oasis de Siwa, à quelque 250 km de la côte libyenne qui fait face à la Crète. Le culte de Jupiter-Ammon, que les Éléens honoraient déjà dans la plus haute Antiquité, selon Pausanias (livre sur la Laconie), se rencontrait également en Éthiopie et s’était, à partir de là, établi jusqu’en Crète qui fut la terre d’introduction en Grèce de ce dieu libyen qui y renaîtra en un Jupiter foudroyant. Son culte gagnera la Laconie, l’Arcadie et l’Élide. Le culte de Jupiter-Ammon a ainsi été commun aux trois pays du nord-est africain. Selon Diodore de Sicile et Eusthate, une procession avec la statue d’Ammon enchâssée à la tête d’un cortège des images des autres dieux, partait chaque année de Diospolis, en Haute-Égypte, pénétrait en Éthiopie, puis en Libye, et revenait après un périple de douze jours. L’Ammon crétois et le Zeus grec furent peu à peu confondus en une même déité.
Une mythologie unifiée
L'importance de Zeus dans tous les domaines deviendra si constante qu’elle s'érigera au-dessus de tous les autres cultes. Eschyle écrivait : « Zeus est l’éther, Zeus est la terre, Zeus est le ciel, oui, Zeus est tout ce qu’il y a au-dessus de tout. » Si certaines divinités furent adorées plus particulièrement dans certaines régions, Zeus est toujours demeuré le dieu universel honoré partout. Il fut véritablement le trait d’union panhellénique. Les épithètes (ou « épiclèses ») que reçut ce dieu paternel sont innombrables. Beaucoup de dieux de l’Olympe dans l’entourage de Zeus sont des personnifications de notions morales : justice, sagesse, beauté, destin, vengeance, etc., ou les instruments de lois divines : les trinités (Moires, Érinyes, Gorgones, etc. ; M. Grant rappelait que des philosophes tels Xénophane (VIe siècle) ou le pieux Socrate — qui fut pourtant condamné à mort pour impiété — se sont indignés de certains récits qui faisaient des dieux des personnages caricaturaux, sans morale et sans mœurs.
« Ce qui unit tous les Grecs, même sang et même langue, sanctuaires et sacrifices communs, semblables mœurs et coutumes, cela, les Athéniens ne sauraient le trahir... » Telle fut la réponse des Athéniens à l’inquiétude de leurs alliés spartiates, la veille de la bataille de Platées, en 479 av. J.-C.
Amours
Zeus est célèbre pour ses innombrables aventures avec des mortel(le)s, des déesses et des nymphes : Danaé, Alcmène, Sémélé, Léto, Europe, Ganymède, etc. Il est le père de nombreux dieux : Arès, Athéna, Dionysos, Hermès, Apollon, Aphrodite et Artémis ; de nombreux héros : Héraclès, Persée, Castor et Pollux, etc.
Ces nombreuses infidélités de Zeus à sa troisième femme, Héra, — après Métis et Thémis —, sont la cause de fréquentes disputes entre les divins époux. De plus, la déesse se montrant d'un caractère très vindicatif, elle poursuivait souvent de sa vengeance les maîtresses (Io, Léto, etc.) ou même les enfants (Héraclès) de son mari.
Épithètes homériques, attributs et sanctuaires
- Épithètes homériques :
- Zeus Père (Ζεύς πάτερ / Zeus pater),
- assembleur de nuées (νεφεληγερέτα / nephelêgereta),
- (terrible) Cronide ((αἰνός) Κρονίδης / (ainos) Kronidês),
- à la voix puissante (εὐρύοπα / euruopa),
- père des dieux et des hommes (πατὴρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε / patêr andrôn te theôn te),
- à la nuée noire (κελαινεφής / kelainephês),
- maître de l'Ida (Ἴδηθεν μεδέων / Idêthen medeôn),
- sauveur (soter),
- protecteur des hôtes et garants des règles de l'hospitalité (xenios),
- protecteur de la maison (herkios),
- gardien des propriétés (kleisos),
- protecteur du mariage (gamelios),
- Ses attributs : le foudre, le chêne, l'égide ;
- Ses animaux favoris : l'aigle ;
- Sanctuaires : Le sanctuaire d'Élide ; l'oracle de Dodone et sa forêt de chênes en Épire ; le temple de Zeus à Olympie (contient la statue chryséléphantine de Phidias, une des sept merveilles du monde).
Notes
- L'usage veut que l'attribut de Zeus soit du genre masculin. Le foudre est représenté le plus souvent par un faisceau de carreaux (traits d'arbalète) enflammés.
- Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, Paris, 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article Ζεύς.
- Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne [archive]], 468.
- Mont crétois (aujourd'hui Psiloriti) ou, selon une autre version, le mont Dikté, aujourd’hui Lasthi. Le culte d’un Zeus « Krêtagénês » (né en Crète) dans une grotte de cette montagne remonte à l’époque dite minoenne (2000-2500 avant J.-C.).
- Jeunes dieux crétois mineurs. Du grec kouroï, « jeunes hommes ». Toujours selon Hésiode, ils seraient les enfants des cinq filles d’Hécatéros et seront plus tard foudroyés par Zeus lui-même. Voir l’enlèvement d’Épaphos.
- Et même la fameuse pierre qui le sauva et qui fut placée en souvenir au sanctuaire de Delphes. Parfois assimilée à l’« omphalos », une pierre sacrée qui marque en cet endroit le centre de la Terre.
- Du grec : hékaton- kheïres (mot à mot : « aux cent mains »). Ils auraient aussi cinquante têtes.
- Toute cette parenté de monstres sont parfois nommés les Ouranides.
- ↑ Identifée à la région de Palléné, en Thrace.
- Mots repris du titre d’une tragédie d’Eschyle, que l’on suppose la seconde partie d’une trilogie, dont l’existence n’a d’ailleurs jamais été formellement établie.
- Hérodote (III, 5) ; Apollodore (I, 6 , 3) ; Nonnos (poète des Dionysiaques), etc.
- Ou les Saisons : il s’agit, en effet, des trois saisons : printemps, été, hiver.
- Ou les « Destinées » : Clôtho qui dévide le fil de la vie ; Lakhésis qui le mesure; Atropos qui le coupe.
- voir Dodone, au paragraphe des sanctuaires.
- On retrouve Maia chez les Italiques qui donnèrent son nom au mois printanier : « maius », mai.
- Seul Hésiode fait de cette dernière un enfant du couple car Ilithye apparaît chez Homère comme une divinité multiple.
- Homère et Hésiode, bien sûr, mais aussi Euripide, Pausanias, etc.
- toutefois elle apparut une fois adepte de l’eugénisme lors de la naissance de son trop laid et difforme Héphaïstos qu’elle rejeta sans pitié.
- Fatalisme illustré par le châtiment infligé à Asclépios qui osa ressusciter un mort.
- son attribut le plus fréquent : le trait ou les carreaux de foudre, ou l’aigle porte-foudre. Zeus Kéraunios, qui lance la foudre.
- en Thessalie; appelée la vallée délicieuse par la douceur et la fraîcheur de son climat (Hérodote,7,173).
- Zeus occultera également celui-là même de Dionysos, comme dans le temple de Mégalopolis (Zeus Philios).
- C'est-à-dire « père des dieux et des hommes ».
- Cité dans la Revue des deux mondes de 1898, p. 60.
- L’autel du dieu se plaçait dans la cour de la maison ; l’équivalent des Pénates romains.
- Zeus va se substituer à l’ancien culte d’Athéna Poliade, protectrice de la ville d’Athènes.
- La fête des Éleuthéria fut instituée pour le remercier après la victoire de Platées. On célébrait alors des jeux commémoratifs (jeux pentétérides, tous les 5 ans).
- Mot à mot : « doux comme le miel » et, par extension, de bonne disposition, prêt à pardonner ou à accueillir les sacrifices. Il est honoré sous cet épithète à Athènes et à Sycione qui organisait les Jeux pythiens.
- Ainsi le sanguinaire Thésée et les Danaïdes assassines furent d’abord purifiés.
- Voir ainsi sa pitié envers Ixion, Apollon, Prométhée, Sarpédon, Hermès, Ariane, etc.
- Région sud-ouest de l’Épire (aujourd’hui vallée proche de Ioannina).
- Hérodote, II, 50.
- Ce culte du chêne, arbre sacré (et nourrissant) était présent un peu partout, tel celui latin de Jupiter Fagutalis.
- « Σελλοί » ou « Έλλοί ». Georg Friedrich Creuzer (Religions de l'Antiquité..., 1835) écrit que ce nom de « Helles » « selon toute apparence est la tige primitive des “Hellènes” ».
- On pense que leurs prédictions émanaient de l’oniromancie, par « incubition » (latin incumbere, se coucher).
- Par étymologie, on a rapproché ce féminin de l’adjectif « dios, diou, dion ; divin, de Zeus ».
- Mais ensuite nécessairement interprétés par la cohorte des prêtres.
- Au mois delphien de busion (environ mars), qui correspondait au mois attique élaphébolion.
- Jacqueline Duchemin, université Paris-X, in EU 2008.
- Alexandre, les rois de Syrie et de Cyrénaïque sont parfois représentés sur les monnaies, en tant que rois de Libye, avec des cornes.
- Dupuis, Les origines de tous les cultes, 1835.
- Hérodote (VIII, 144), cité par Pierre Sineux, auteur de Qu’est-ce qu’un dieu grec ? (Klincksieck, 2006).
- Clément d'Alexandrie, Exhortation aux Grecs (Protreptique) [lire en ligne [archive]], 39.